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1er réseau d'entrepreneurs de croissance

engagés pour libérer l'économie et favoriser la croissance des entreprises

Ascher Sabbah et Sébastien Verdeaux rejoignent les entrepreneurs

zadig-voltaire

Pouvez-vous nous présenter votre entreprise en quelques mots ?

Zadig & Voltaire est une maison de mode française, fondée en 1997 par Thierry Gillier, par ailleurs toujours actionnaire majoritaire de la maison. L’objectif initial était de mettre en place une nouvelle idée du luxe, ce qui nous a permis de construire un solide consensus parmi les clients partout dans le monde, donnant ainsi vie à une véritable communauté fidèle à la marque. Notre nom est inspiré du roman de Voltaire Zadig ou la Destinée. Pourquoi ? Le personnage principal, Zadig, a marqué l’esprit du créateur, par sa modernité, son charisme et son courage.

Zadig & Voltaire, c’est le « casualchic », un état d’esprit, une  inclinaison musicale, la mode comme déclaration. Le rock dans le sang et l’art pour inspiration. Dans les boutiques, les collections côtoient des œuvres ; l’art et l’« easy luxury ».

Pourquoi avez-vous adhéré à CroissancePlus ?

Ascher Sabbah : pour le partage de valeurs, à savoir l’esprit d’entrepreneuriat, l’internationalisation – forte chez Zadig & Voltaire – et la montée de collaborateurs clés à l’actionnariat. Pour moi, l’esprit d’entrepreneuriat, c’est faire preuve d’agilité pour mettre en place une vision. C’est ce qu’a très bien su faire Thierry Gillier : il a proposé une alternative entre le mass market et le luxe, avec un ADN de marque très fort.

Sébastien Verdeaux : c’est une responsabilité citoyenne d’investisseurs ! On est très actifs dans le financement et l’accompagnement d’entrepreneurs. Pour nous, CroissancePlus, ça résonne : nous souscrivons à son combat, celui de modifier les cultures du monde de l’entreprise.

En deux mots, comment générer de la croissance aujourd’hui ?

Ascher Sabbah : prioritairement, par l’internationalisation. Avec 350 points de vente dans le monde, nous sommes déjà très fiers de notre développement qui, demain, se poursuivra sur le marché chinois. Il s’agit aussi d’accentuer la part du digital et de proposer des concepts de magasins innovants comme celui rue Cambon à Paris : un « Flagship » – avec une surface de vente supérieure à la moyenne (800 m²), où se retrouvent l’univers entier de la marque et des œuvres d’art.

Sébastien Verdeaux : la croissance, on peut l’avoir à condition de prendre des risques, d’inventer, d’être créatif. Je pense surtout qu’il faut aimer innover… car dans ce cas, on s’amuse beaucoup !

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Vision et énergie, premières forces pour innover – Sébastien Lalevée

Sébastien-LalevéeSébastien Lalevée est directeur général de la Financière Arbevel.

Il nous livre le point de vue d’un gérant de fonds sur les ressorts de l’innovation dans la bataille mondiale pour les talents et les capitaux.

 

 

 

La France a-t-elle perdu la bataille de l’innovation ?

Elle a perdu celle de la 4G, et sur le front de la 5G, technologie essentielle pour la voiture autonome, c’est mal parti ; les Chinois ont pris le lead. D’une façon générale, il nous manque pas mal d’ingrédients pour nous imposer : une vision, une taille de marché, un véritable écosystème privé malgré la force de notre tissu entrepreneurial et une puissance de financement dans certains secteurs clés.

Par exemple ?

Prenez les biotechs. Seuls quatre ou cinq acteurs dans notre pays sont actuellement capables de financer des projets dans ce domaine à hauteur de 10 millions ou plus, contre des dizaines aux États-Unis. Il est impératif de développer le private equity dans les biotechs. Et d’encourager la création de fonds privés en coté et non coté.

Le public a-t-il un rôle particulier à jouer ?

Son intervention est indispensable, bien au-delà de ce que fait la BPI avec ses forces et ses limites. L’État doit être en première ligne aux côtés des acteurs privés dans les grandes batailles à mener : les réseaux, le cloud, l’IA … Or, il y a eu trop longtemps un manque criant de vision et de leadership politique sur ces sujets, et de coupables inhibitions face aux GAFA. Sur la question centrale de l’éducation aussi bien que sur celle de la régulation  économique et des infrastructures, on a également besoin des États.

Il faut changer de culture ?

Il faut rajeunir les cadres de pensée et les décideurs eux-mêmes. Donner la clé de l’innovation de demain à des gens compétents qui ont une vision, une énergie, une volonté. Je me réjouis des responsabilités confiées à Cédric Villani ou Bruno Bonnell. La période qui s’ouvre va être marquée par une guerre accrue pour les capitaux et les intelligences, et il faudra des stratèges avec une vision et une énergie pour la remporter.

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« Ne luttons pas contre l’entreprise mais accompagnons-la ! »

Pour Jean-Baptiste Danet, président de CroissancePlus, le temps des réformes a bien sonné mais il doit aussi s’accélérer pour rendre l’économie française plus compétitive.

Les entreprises françaises vivent-elles un véritable retournement depuis un an ?

Il y a dans ce pays un réel retournement En fait, on perçoit une réelle ambition de libérer l’entreprise et de placer l’entreprise au cœur du réacteur de l’économie française. On le voit vrai ment depuis la fin de l’année dernière. Notamment avec les réformes sur le Code du travail et les récentes réformes sur la formation professionnelle et l’apprentissage. Cela démontre une réelle compréhension des besoins de l’entreprise pour évoluer et créer de l’emploi.

Qu’attendez-vous encore du gouvernement ?

Il y a encore énormément d’attente de la part des chefs d’entreprise. Dans le projet de la loi Pacte (1), il reste encore des points à régler. Le premier concerne un assouplissement supplémentaire des seuils dans les entreprises Ils restent encore des contraintes qui pèsent sur les petites et les moyennes entreprises. Le seuil à 50 salariés est le plus critique car nombre d’entreprises n’osent pas le dépasser De plus, nous attendons des avancées du côté des transmissions d’entreprises et le pacte des associés. Cela touche non seulement la transmission mais aussi le financement des entreprises. Enfin, la France reste un des seuls pays a avoir une taxe sur sa production avant même de dégager le moindre bénéfice. Or ces taxes doivent être revues car elles sont archaïques Leur mode de calcul n a pas suivi révolution de l’économie. Nous proposons d’ajouter cette taxe a l’intérieur de l’impôt sur les sociétés Cela aurait un impact très positif sur le compte de résultat de nos entreprises et aussi en termes d’attractivité auprès d’investisseurs étrangers.

Que dites-vous aux personnes qui s’opposent actuellement à ces réformes ?

Face aux opposants à ces reformes, je dis que seule l’entreprise est capable de réconcilier la société. Ne luttons pas contre l’entreprise mais accompagnons-la ! Ce débat mettant dos à dos l’entreprise et la société civile est complètement obsolète et il faut vite en sortir. Pour la SNCF, elle ne peut pas entrer dans un environnement concurrentiel si elle ne se réforme pas. Survivre ne peut pas être un objectif fiable et notamment pour la SNCF. Nous saluons d’abord cette volonté de réformes mais il faut bien se rendre compte qu’il s’agit pour le moment d’une remise à niveau pour nous rendre plus compétitif au niveau européen au moins II faut donc accélérer ce train de reformes pour être plus performant.

(1) Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises

« La France est de retour » : va-t-elle prendre de l’avance ?

En février 2017, CroissancePlus interpellait les candidats à la présidentielle avec « L’urgence de la réforme ». Un an plus tard, les entrepreneurs de l’association publient un rapport intitulé « Le sens des réformes » : une réflexion sur la modernisation de la France et un état des lieux des six premiers mois de gouvernance d’Emmanuel Macron. Décryptage.

Des réformes ont été faites. Certaines réformes ont été faites de façon très favorable pour les entreprises, notamment par les ordonnances travail et les mesures fiscales du Projet de loi de finances (PLF). Des réformes sans précédent qui ne doivent pas pour autant s’arrêter là, car le besoin de transformation structurelle du pays est, lui aussi, sans précédent. Une transformation sera favorable au développement des entreprises comme aux équilibres sociaux.

Des réformes à accentuer davantage

Bien que les ordonnances travail apportent des changements positifs, deux axes de réforme n’ont malheureusement pas été abordés. Le premier est celui des seuils : en effet, la concentration des  changements à partir de 50 collaborateurs est un élément de rigidité et de contrainte majeure. Le second est relatif aux mandats syndicaux, pour lesquels CroissancePlus réclame la limitation à deux mandats et un temps de travail minimal dans l’entreprise à hauteur de 50 %. Concernant le PLF, la logique d’investissement doit être poussée plus loin : l’épargne des Français doit être orientée vers l’investissement des entreprises … et non vers le financement de la dette publique.

Des enjeux majeurs à traiter

Si les premières réformes ont permis de remettre la France à niveau, il conviendrait désormais de prendre de l’avance. À cette fin, CroissancePlus articule ses propositions autour de cinq thématiques :

  • la formation et l’apprentissage dirigés vers l’emploi
  • un bon équilibre dans le partage de la valeur
  • la croissance de l’entreprise en phase de transmission
  • une Europe numérique dans le but de préserver la souveraineté du pays
  • un renouvellement des outils du financement des entreprises

Les réformes sur le financement et l’apprentissage vues par :

Guillaume Richard – Dirigeant du groupe Oui Care et membre du comité directeur de CroissancePlus

Parmi les 20 propositions formulées par le gouvernement, un grand nombre d’entre elles sont issues des réflexions de CroissancePlus pour la modernisation de la France. Il s’agit notamment de certaines mesures de simplification comme l’assouplissement de la durée du travail ou des prépa-apprentissages pour permettre à des jeunes de disposer des prérequis nécessaires en termes de savoirs de base et de savoir-être. Par contre, certaines choses ne vont pas assez loin et nous interrogent. Que penser de cette mesure qui lie la rémunération à l’âge et non au diplôme suivi ? Ainsi, la rémunération minimale d’un jeune de 25 ans qui suit un CAP d’employé familial polyvalent est la même que celle d’un master 2 en école de commerce ! De même, on va devoir payer des personnes au niveau du Smic alors qu’elles ne seront dans l’entreprise qu’à deux tiers-temps. Parfois aussi cher qu’un diplômé à temps plein… Notre demande est forte : le salaire doit uniquement être fonction du diplôme suivi et du temps passé dans l’entreprise.

Une autre proposition nous semble fondamentale et elle n’a pas été reprise par le gouvernement : favoriser le e-learning. Non seulement c’est moins cher, plus efficace et plus ludique, mais le e-learning permettrait également de désenclaver des formations et des apprentissages. Il faut bien comprendre que notre combat n’est pas catégoriel et qu’il n’est pas mené dans l’intérêt des seules entreprises. C’est un enjeu de modernité et d’efficacité !

Côme Morgain – Associé Sevenstones et membre du comité directeur de CroissancePlus

Pour la commission financement, le constat est depuis les élections présidentielles globalement positif. Il s’agirait néanmoins d’aller encore un peu plus vite et plus loin dans cette volonté de modernisation. En matière d’accès au financement, la France reste un pays de réglementations, de seuils, de plafonds, de blocages. Pour créer un environnement favorable à la croissance, nous souhaitons des règles simples et efficaces qui privilégient le risque contre la rente.

L’objectif de la commission financement est de faire bouger tout ça, c’est-à-dire de faire travailler ensemble les acteurs du financement : les instances régulatrices, les banques traditionnelles, les plateformes de financement, les entreprises et les particuliers. Nous pensons que les plateformes sont un bon outil pour rediriger l’épargne. Il faudrait que la réglementation s’adapte maintenant plus vite que les technologies ! Le cadre doit certes exister, mais il doit être suffisamment souple et assez simple. Autre exemple pour le crédit interentreprises : le lien économique inscrit dans la loi doit disparaître.

En France, les gens veulent investir et savent investir, alors cassons les plafonds et libérons les initiatives ! Le but n’est en aucun cas de contourner la réglementation, mais bien d’inventer un cadre réglementaire qui permettrait à tous – chaque partie, avec ses contraintes propres – d’agir.

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Le Groupe ATF : Sociétal et Compétitif – Sylvain Couthier

Sylvain-Couthier-Groupe-ATFAvec plus de vingt ans d’expérience, le Groupe ATF, spécialisé dans la gestion du cycle de vie des matériels informatiques et de téléphonie mobile professionnels, est devenu un acteur majeur de l’économie sociale, solidaire et circulaire. Comment ? Notamment en favorisant l’employabilité, la professionnalisation et l’inclusion sociale des travailleurs en situation de handicap. Rencontre avec Sylvain Couthier, président du Groupe ATF et président-fondateur d’ATF Gaia.

Le Groupe ATF est composé de cinq sociétés dont les métiers s’organisent essentiellement autour de quatre activités : le réemploi de matériel informatique et de téléphonie mobile professionnel (rachat-vente-recyclage), le Règlement général pour la protection des données (RGPD) ayant pour vocation le traitement sécurisé des données à caractère personnel, le e-commerce et les prestations de services en informatique.

Les réglementations : des leviers de développement

Des réglementations très strictes, et nombreuses, entourent les activités du groupe. Loin d’être des contraintes, ATF a su en faire un levier de business en se positionnant comme partenaire RSE des entreprises clientes. Avec la loi handicap (loi du 10 juillet 1987, complétée le 11 février 2005), et en devenant client des entreprises adaptées, les sociétés peuvent remplir l’obligation d’emploi à hauteur de 50 % et contribuer ainsi à l’emploi et à l’inclusion des personnes en situation de handicap. Dans le cadre du Grenelle 2 (rapport social et environnemental), le Groupe ATF propose à ses clients des actions concrètes et fournit les indicateurs environnementaux, sociaux et économiques correspondants. Concernant la directive D3E relative à la fin de vie des équipements électriques et électroniques, le Groupe ATF priorise le réemploi des équipements IT et de téléphonie et assure le recyclage des D3E. Enfin, le groupe contribue à la mise en conformité de ses clients par rapport au Règlement européen sur la protection des données (RGPD).

ATF Gaia : l’individu au cœur des priorités de l’entreprise

Parmi les activités du Groupe ATF, ATF Gaia a un statut que nous pourrions qualifier d’« à part ». Pourquoi ? Pour une double raison : son caractère d’entreprise adaptée, mais aussi pour le cœur que Sylvain Couthier met à en parler. Car, dit-il, « nous avons une mission sociale importante en termes d’encadrement et en termes de professionnalisation. Nous accompagnons les personnes atteintes d’un handicap dans leur parcours professionnel pour les faire monter en compétences. Le but est bien de sécuriser leur parcours ». Nous l’aurons compris aisément : ce ne sont pas que des mots. Et Sylvain Couthier d’ajouter : « Ce n’est pas un modèle d’insertion, mais un modèle d’inclusion. 100 % de ces personnes sont en CDI. On crée de l’emploi direct et de manière durable. Et à la question de savoir pourquoi je m’y retrouve pleinement en tant qu’entrepreneur social, la réponse semble aller de soi : car même si, ou quand bien même, la priorité est posée sur l’inclusion de personnes fragilisées ou en situation de handicap, je n’en reste pas moins entrepreneur en termes de croissance et de rentabilité. » La force de cette entreprise est là, et elle est manifeste. Qui aurait pu imaginer autant de richesses derrière le « recyclage » de matériel informatique ?

Groupe ATF, une « success story » ? Une bien faible expression …

Le créneau du « France is back » aurait pu être dit pour le seul Groupe ATF. Notamment parce que Sylvain Couthier a été le seul entrepreneur social à être invité au Forum économique mondial à Davos cette année. ATF Gaia est la première entreprise adaptée présente en Suisse et Sylvain Couthier, le seul entrepreneur de PME au World Economic Forum. Encore n’est-ce pas tout. Les chiffres ou les récompenses parlent d’eux mêmes : ATF est la première entreprise en France en termes d’effacement de données. Concrètement, la société traite tous les data centers des grandes banques et les disques durs des groupes du CAC 40.  ATF est aussi la seule entreprise française qui a un agrément Microsoft Authorized Refurbisher (MAR) pour obtenir des licences Windows. Autrement dit, elle est la seule à pouvoir réinstaller des systèmes d’exploitation Windows sur des matériels reconditionnés. En 2015, Sylvain Couthier a été élu Entrepreneur social de l’année par le Boston Consulting Group et la Fondation Schwab. En 2013, il a été élu Entrepreneur de l’année région Ile-de-France pour l’engagement sociétal par EY et le magazine L’Express. En 2007, c’est le magazine Le Nouvel Économiste qui l’a élu Entrepreneur de l’année Ile-de-France.

« Être au World Economic Forum, c’est côtoyer les politiques et les grands dirigeants mondiaux : c’est aussi enrichissant pour soi que pour le business. »

La preuve du succès par l’exemple

Quand Sylvain Couthier entre dans les détails de son métier de « revendeur informatique », il ne détache jamais le business de sa dimension sociale et humaine : « Nous avons une relation si particulière avec les grands donneurs d’ordre, qu’ils sont à la fois nos fournisseurs et nos clients. On rachète leur matériel et en même temps – de par la réglementation très stricte dans ce métier – on les met en conformité avec les lois. L’avantage pour nos clients qui nous paient ? On leur permet de gagner de l’argent dans la mesure où leur responsabilité sociétale est de notre fait ! C’est bien pour eux, c’est bien pour nous ! Mais vous savez, au-delà de ces choses-là, j’aimerais dire la chose suivante : être respectueux de l’environnement nous oblige à être innovants et à réfléchir constamment à l’amélioration de nos process afin de diminuer l’impact de notre activité sur la planète. Parallèlement, et côté conscience, quand on sait que l’économie sociale et solidaire représente 10 % du PIB en France et près de 12 % des emplois privés, je suis simplement fier de contribuer au développement de cette économie. »

3 questions à… Sylvain Couthier

Président du Groupe ATF et Président-Fondateur d’ATF GAIA

Si je vous dis, vous êtes à l’entreprise ce que Federer est au tennis… qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

La promesse d’un match extraordinaire (rires) ! Plus sérieusement, vous savez donc que j’ai eu une carrière de sportif ! C’est un peu loin … mais de ma carrière de rugbyman de haut niveau (Racing Paris), l’esprit sportif demeure. Presque intact même ! Je ne sais pas à quel point le sport a influé sur mon parcours. Je peux dire que mon parcours rejoint le collectif du sport que j’ai pratiqué. J’ai transposé les valeurs du rugby au Groupe ATF – l’esprit d’équipe, l’abnégation, le respect d’autrui – en pratiquant avant tout un management de proximité. Je m’attache véritablement à connaître chaque collaborateur de l’entreprise.

Vous employez aujourd’hui 80 % de personnes fragilisées. Peut-être que 80 % des personnes qui vous sont extérieures se posent cette même question : qu’est ce qui a dirigé ce choix – votre choix ?

C’est drôle… je n’avais jamais vu la chose ainsi, mais effectivement cette interrogation est venue par ailleurs assez récemment. Je m’explique. Je n’avais jamais fait le lien entre ma vie et … comment pourrait-on dire … ma fonction. Mon associé – décédé aujourd’hui – était dialysé rénal. Mon papa était médecin, handicapé. Personnellement, je ne l’ai pas fait pour ça, pour eux, même s’il y a effectivement une histoire derrière cette réalité. Mon but a simplement été de donner du sens à mon action.

La chose dont vous êtes le plus fier ?

Elle rejoint ce dont nous étions en train de parler : pour les grandes entreprises, l’obligation est d’employer 6 % de personnes handicapées ; réellement, ces entreprises en accueillent 3,2 %. Nous ? En tant qu’entreprise à part entière, nous sommes à 80 %. Le pire est d’avoir à parler « chiffres » quand on parle de vies ! Albert Jacquard le disait si justement : on ne parle pas d’être handicapé, mais d’être autrement capable. Chacun a son rôle, chacun a, et peut, apporter sa pierre à l’édifice. Il est là, le collectif.

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L’Europe contre-attaque avec J.E.D.I. – André Loesekrug-Pietri

André Loesekrug-PietriDans la course à l’innovation, l’Europe vient de se doter d’une nouvelle arme pour gagner des points : l’initiative J.E.D.I. (Joint European Disruptive Initiative). Explications avec l’un de ses pères et son porte-parole, André Loesekrug-Pietri.

Quelles sont les principales caractéristiques d’une innovation de rupture ?

C’est une innovation qui change la donne en termes de performance ou de business model. Les lanceurs spatiaux réutilisables, l’informatique quantique qui multiplie par mille ou cent mille les puissances de calcul actuelles, le remplacement du glyphosate (un herbicide potentiellement cancérigène), la vision de nuit, le drone sans GPS, la reprogrammation du génome avec CRISPR … sont autant d’exemples de l’innovation de rupture. Qui se distingue d’une innovation « incrémentale », qui améliore un procédé ou un produit, et d’une innovation d’usage. Le moteur de recherche Google a été une innovation d’usage, mais l’algorithme utilisé, PageRank, une rupture.

Pourquoi l’innovation de rupture est-elle si importante, et que proposez-vous avec J.E.D.I. ?

L’accélération technologique que nous connaissons, la plus puissante de l’histoire de l’humanité, s’accompagne d’une redistribution des cartes qui profite et profitera au peloton de tête (« Winner takes all »). Or la France est en retrait, loin derrière les États-Unis et la Chine qui accélèrent, alors que nous avons la taille critique en Europe et que nos talents sont plus que jamais courtisés par les groupes technologiques du monde entier.

Et nous sommes aujourd’hui de plus en plus une colonie numérique, et demain technologique, si nous ne faisons rien. Pour que l’Europe revienne au centre du jeu dans le domaine de l’innovation de rupture, décisif pour notre avenir et la souveraineté de la France et de l’Europe, J.E.D.I. propose la création d’un outil de financement exigeant des « moonshots » en Europe, pour investir dans les défis technologiques trop long terme ou trop risqués pour le secteur privé seul. Un outil lui-même radicalement nouveau dans sa méthode : ultra-léger, ultra-agile, ultraréactif, en plaçant au cœur les acteurs de l’innovation – porteurs d’une connaissance indispensable des technologies pouvant donner lieu demain à des innovations de rupture – tout en se focalisant sur les grandes priorités stratégiques de nos pays.

Très loin des monstres bureaucratiques que nous avons pu connaître et qui sont tous voués à l’échec. Et tout cela avec une approche authentiquement franco-allemande dès le début, sauf à revenir à des initiatives nationales qui n’ont pas l’échelle. Le budget prévisionnel proposé de J.E.D.I. est de 235 millions d’euros pour 2018 et devrait atteindre un milliard d’euros par an en rythme de croisière, pour une trentaine de « défis technologiques » lancés tous les ans.

Qu’avez-vous accompli pour l’instant, et quel rôle pour l’État ?

Un collectif de la société civile, la Joint European Disruptive Initiative (J.E.D.I.), regroupant les principaux acteurs de l’innovation – grands groupes, ETI, start-up technologiques, centres de recherche, haute fonction publique – s’est mobilisé. Avoir réussi à réunir l’essentiel des acteurs de la deeptech, et cela au niveau français et allemand, est déjà absolument unique. Notre proposition a été approuvée par le Président de la République lors de son discours à la Sorbonne, autour de trois points clés : lancement du projet d’Agence pour l’innovation de rupture, sur le modèle de la DARPA, en commençant par un socle franco-allemand afin de mettre en place cet outil au plus vite, avant de l’étendre à toute l’Europe.

Fin janvier, l’Assemblée nationale et le Bundestag ont voté en faveur d’un nouveau traité de l’Élysée. À la rubrique des projets d’avenir, la création de cette Agence pour l’innovation de rupture a été clairement reprise, ce qui est une deuxième étape très importante.

Enfin, nous sommes très heureux que la proposition J.E.D.I. ait été reprise dans le rapport Villani, et que le ministre de l’Économie et des Finances ait fait sienne cette proposition, jusqu’à rebaptiser le fonds pour l’innovation – les 10 milliards d’euros – en fonds pour l’innovation de rupture !

Cette approche innovante ne correspond à aucun schéma administratif existant. Pour cette raison, elle étonne. Et chaque côté du Rhin attend de voir ce que l’autre fera. Notre initiative souligne le rôle de l’État, qui doit impulser tout en déléguant. J.E.D.I. doit être porté et co-construit par l’écosystème de l’innovation – et non par l’État en « top-down ». Nous pensons que ce sujet de l’innovation est un vrai test pour la puissance publique, qui doit se réinventer pour rester « impactante » face aux géants technologiques. Le fait que ce soit des États clairement autoritaires comme la Chine qui montrent la voie en matière d’expérimentation doit également nous pousser à nous réinventer afin de préserver notre modèle de société, notre démocratie, et les valeurs auxquelles nous sommes tous farouchement attachés.

L’Europe peut-elle sérieusement rattraper, voire dépasser les États-Unis ou la Chine en matière d’IA ? Et un géant européen de type Google ou Apple est-il réellement envisageable ?

Vouloir créer un Google ou Apple européen à l’identique serait de l’argent gaspillé en pure perte, tant l’avance prise par ces acteurs est immense. Il faut penser au coup d’après. Avoir la taille critique est essentiel, ce à quoi il faut ajouter un cadre favorable, notamment un environnement réglementaire agile en matière de droit de la concurrence, et une réglementation intelligente sur les données. Je ne crois pas aux mécanos imposés d’en haut ; Airbus, que je connais bien pour y avoir commencé ma carrière, est une exception. Mais je crois que le « next big thing », le prochain champion mondial, peut parfaitement venir d’Europe. Encore faut-il s’en donner les moyens, et J.E.D.I. est une des réponses positives, offensives, les plus concrètes en la matière. Il est absolument essentiel pour les Français et les Européens de se concentrer sur le coup d’après. Pensez à la blockchain qui pourrait bien révolutionner le monopole des grandes plateformes en disruptant leur modèle centralisé, ou à l’ordinateur quantique qui bouleversera tout le secteur de la cybersécurité du fait de sa puissance de calcul. Ou d’autres technologies de l’avenir comme l’ingénierie du génome, le stockage énergique, les transports propres, les nouveaux matériaux, le spatial … où nous avons tout à fait les moyens de rivaliser avec nos principaux concurrents mondiaux. Cessons d’adopter avec eux des positions beaucoup trop conciliantes. Quand Facebook investit quelques millions pour s’installer dans Paris, c’est pour y installer un centre de recrutement de nos meilleurs talents ! Restons ouverts, ne soyons pas naïfs !

En quoi poursuivez-vous aussi un enjeu démocratique ?

Notre conviction est que la technologie devient un sujet éminemment transverse et politique. Voyez les élections dans les grandes démocraties : elles sont le théâtre d’une cyberguerre internationale permanente et non déclarée. Poutine s’est emparé de la question de l’IA, déclarant que celui qui maîtrisera l’intelligence artificielle dominera le monde, ce qui fait froid dans le dos. Il n’est pas totalement exclu que Zuckerberg soit le candidat du parti démocrate en 2020. La Chine utilise des plateformes pour ficher et « noter » ses citoyens – c’est un système orwellien qui est en cours de mise en place ! Pour une nation, la maîtrise de son destin est aujourd’hui intimement liée à sa maîtrise technologique.

Et pas de souveraineté sans prospérité. Or, la croissance de demain sera de plus en plus tirée par la technologie, c’est ce que nous montre clairement le classement des 10 principaux groupes mondiaux, dont 7 sont technologiques – ils n’étaient que 3 il y a cinq ans, et seront probablement 10 sur 10 d’ici peu. La puissance de ces groupes technologiques fera la force politique d’une nation.

Rester dans la course technologique est une nécessité, mais ne faut-il pas aussi se défier de l’idolâtrie de la technologie, cette nouvelle religion postmoderne ?

Nous sommes convaincus que pour éviter que l’humain perde le contrôle, il doit maîtriser les évolutions technologiques. C’est le devoir et l’honneur des sociétés démocratiques. Le dilemme est celui du Galilée de Brecht ou des scientifiques du projet Manhattan. Le progrès technologique ne doit pas se faire au détriment des hommes et des valeurs humaines, et les démocraties européennes doivent rester à la pointe pour survivre.

En quoi CroissancePlus est-il un partenaire important pour vous ?

J.E.D.I. est un projet collectif qui doit être porté par tous les acteurs de la société civile, et notamment ceux au cœur de la croissance économique de notre pays. Nous avons été très heureux de l’accueil  extrêmement enthousiaste que nous a réservé CroissancePlus, son président, et ses membres que nous avons eu l’occasion de croiser déjà lors d’une réunion avec plus de 150 d’entre eux. CroissancePlus, avec son immense dynamisme, va être particulièrement utile pour porter et diffuser très largement au cœur de l’économie et auprès des pouvoirs publics le message qu’une approche nouvelle, agile, co-construite entre le privé et le public est essentielle, pour éviter les affres bureaucratiques du passé. Que la rapidité de mise en œuvre, qui doit se compter en semaines et non en mois, est essentielle. Que l’approche franco-allemande et européenne est pragmatique et une clé pour notre succès à tous. CroissancePlus est garant de cet esprit agile, entrepreneurial et transdisciplinaire.

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L’Europe à l’offensive de l’Innovation de rupture

Terre d’innovation incomparable depuis l’Antiquité, l’Europe s’est laissé distancer par les GAFA puis par la Chine dans le combat planétaire pour la prééminence technologique. Mais elle n’a pas dit son dernier mot et sait qu’il en va à la fois de sa vitalité économique et intellectuelle, de son poids dans le monde et de sa souveraineté. L’heure de la conquête de l’Innovation de rupture a sonné !

La technique est désormais notre destin, au sens où Napoléon le disait, il y a cent  cinquante ans, de la politique, et Marx, il y a un siècle, de l’économie », écrivait déjà dans les années 1950 le philosophe Günther Anders. Cet ancien élève de Heidegger et ex-mari d’Hannah Arendt savait que l’ère de la technique avait définitivement sonné pour  l’humanité, qu’elle aurait une emprise irréversible et déciderait de plus en plus de nos existences, de nos modes de vie et des rapports de force entre les nations.

Se laisser dépasser par des concurrents internationaux en matière d’innovation et de ruptures technologiques, c’est prendre le risque d’une relégation sans recours. Et à rebours, disposer d’une avance dans ce domaine, c’est asseoir sa puissance économique, industrielle, scientifique et politique. La prime aux premiers ne cesse d’augmenter. The winner takes all. Comment contrer la formidable force de frappe des GAFA, NETU et autres BATX ? Pour l’Europe, that is the question ! Et il y a urgence à y répondre …

Au commencement était l’Europe

Sur la longue durée, aucun continent ne soutient la comparaison depuis les débuts de l’époque moderne avec l’Europe en matière d’innovations de rupture. Elle fut le berceau des plus grandes découvertes scientifiques (Galilée, Copernic, Newton, Lavoisier…), des avancées médicales les plus décisives (Harvey, Pasteur, Koch…), de la connaissance de l’homme et du vivant (Cuvier, Darwin, Lévi-Strauss…) ou encore des théories économiques les plus influentes, pour le meilleur ou pour le pire (Adam Smith, Ricardo, Marx…).

La révolution industrielle y a vu le jour, tout comme la photographie, le cinéma,  l’industrie automobile, etc., sans oublier l’ordinateur avec Alan Turing. Et puis nombre des plus grands génies scientifiques du xxe siècle ayant élu domicile aux États-Unis étaient des Européens d’origine, à l’instar de Nikola Tesla, Einstein ou Von Neumann.

Aussi l’Europe peut-elle s’enorgueillir de ses performances historiques en la matière. « Mais ça, c’était avant », pourra-t-on objecter. Le Vieux Continent, jadis dominateur, semble aujourd’hui à la traîne et comme paralysé face à la puissance de frappe américaine mais aussi aux nouveaux combattants asiatiques de la tech. Et l’on citera, outre les incontournables GAFA et NATU, les très offensifs BATX chinois (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi), partis à la conquête de l’Europe, de ses esprits et de son marché beaucoup trop vulnérable aux assauts de ces mastodontes insatiables.

Une colonie numérique ?

Aussi certains observateurs dénoncent-ils la situation de subordination des acteurs européens face aux géants américains et chinois du digital. Au point de parler, comme Laurent Alexandre, d’une véritable relégation de l’Europe en général et de la France en particulier au rang de « colonie numérique sans souveraineté ».

Faute de marché commun numérique. Faute d’un cadre protecteur. Et faute de décideurs politiques capables de comprendre les enjeux en cause, et surtout d’y apporter les réponses appropriées.

Évoquer une citation de colonisation constitue une charge sévère mais qui a le mérite de pointer un risque réel de déclassement et d’en appeler à un sursaut européen. Car il est incontestable qu’en matière d’innovations de rupture, l’Europe doit se reprendre. Un exemple éloquent de son effritement : pour la première fois, l’an dernier, la Chine a dépassé l’Allemagne en nombre de demandes de brevet auprès de l’Office européen des brevets (OEB), 43 700 pour la Chine contre 31 800 pour l’Allemagne. Les deux premiers pays déposants sont les États-Unis, avec plus de 69 000 demandes, suivis du Japon, avec plus de 51 000 demandes. Et la Suisse, pays non membre de l’UE, se place très largement en tête des pays les plus innovants d’Europe en la matière. Il n’est donc, hélas, pas étonnant d’entendre des dirigeants, tels que le CEO de Cap Gemini, Paul Hermelin, déclarer que « le marché américain est celui de l’innovation, il est en avance de deux ans sur l’Europe » (Les Échos, 17 février 2018).

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Reprendre la main (et la mettre à la poche)

Pour espérer redevenir le premier marché mondial de l’innovation ou du moins endiguer le risque de déclassement, il est donc urgent de réagir.

La situation actuelle est entretenue par l’insuffisance chronique des dépenses de recherche et d’innovation sur le continent. Un objectif de 3 % du PIB avait été fixé par l’UE. Mais la moyenne pour l’ensemble des États membres n’est que de 2 %. Et de 2,2 à 2,3 % selon les années pour la France. À comparer aux 2,8 % pour les États-Unis, 3,5 % pour le Japon, et même 4,3 % pour la Corée du Sud. Seules la Suède et l’Autriche atteignent l’objectif fixé.

Au printemps 2017, un « groupe de haut niveau » sur l’avenir de l’innovation et de la recherche en Europe présidé par Pascal Lamy a tiré la sonnette d’alarme. En rappelant que l’Europe n’avait que très légèrement augmenté depuis dix ans son financement de la recherche et du développement. Et qu’elle avait pris un retard préoccupant dans certains domaines clés, comme le moteur à hydrogène, et plus globalement sur la dimension numérique de l’innovation.

Un sérieux coup de reins budgétaire s’impose. Alors que le programme Horizon 2020, qui chapeaute le financement de la recherche dans l’UE sur la période 2014-2020, représente un total de 80 milliards d’euros, les experts du groupe de haut niveau jugent nécessaire de doubler ce montant pour 2021-2027. Mais l’argent ne résoudra pas tout, surtout dans un contexte marqué par une mise sous pression du budget européen suite au Brexit.

Il convient en particulier de favoriser un environnement propice à la libération des initiatives. Ce qui passe en particulier par un assouplissement des règles et du cadre relatif aux aides d’État afin de faciliter  l’utilisation de fonds publics pour des projets privés.

Il convient également d’imaginer de grands projets stratégiques afin de retrouver l’adhésion du public, « un peu comme Kennedy décidant d’aller sur la lune », estime Pascal Lamy. Des exemples ? L’ordinateur quantique, la blockchain, la génomique (avec notamment la technologie CRISPR de découpage du génome inventée par une Française), les lanceurs spatiaux, le stockage de l’électricité …

En répondant à la proposition du Président de la République, formulée lors de son discours à la Sorbonne le 26 septembre 2017, de « création d’une agence pour l’innovation de rupture, sur le modèle de la DARPA américaine », l’initiative J.E.D.I. répond pleinement à cette ambition, à partir d’un socle franco-allemand et de la mobilisation de la société civile et de l’ensemble des acteurs de l’innovation technologique.

Comme disait Schumpeter, « le nouveau ne naît pas de l’ancien mais à côté de l’ancien », et ce n’est pas avec de vieilles recettes institutionnelles que l’Europe s’imposera dans la bataille mondiale pour l’innovation.

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Humanisme européen et innovation

Dans ce formidable combat pour l’avenir des économies et de l’humanité elle-même, le génie européen a une carte à jouer, une identité à réaffirmer et des convictions à faire valoir.

Il n’y a aucune raison, étant donné ses immenses ressources d’intelligence et de savoir-faire de pointe, que l’Europe ne tire pas son épingle du jeu dans les domaines les plus porteurs – nanotechnologies, biotechnologies, intelligence artificielle, énergies propres… –, et il est certain que sur l’IA, par exemple, la prise de conscience de l’importance des enjeux progresse (une prise de conscience que le rapport Villani devrait significativement renforcer dans notre pays).

Mais l’Europe, ce n’est pas seulement un génie technologique et scientifique. C’est aussi un socle de valeurs, une certaine idée de l’homme. Et la conviction que le progrès des sciences et des techniques doit se faire en respectant la dignité humaine, et que la technique ne vaut que pour son utilisation positive par les individus. Si l’IA constitue un formidable hommage à l’intelligence humaine, l’honneur de la technologie en général n’est il pas de se mettre au service des individus, sans en faire des quasi-dieux (comme dans la version hard de l’idéologie transhumaniste), mais sans viser non plus à les asservir, à les soumettre à la puissance redoutable et incertaine des machines et de ceux qui les contrôlent ?

Rappeler que la technologie est faite pour l’homme et que l’homme est la mesure et la fin de toute chose, c’est un défi dans un monde instrumental où les débordements éthiques sont toujours à craindre. Mais c’est aussi un devoir, et une position que l’Europe doit tenir, sans craindre qu’une telle exigence porte préjudice à son potentiel d’innovation, alors que d’autres acteurs dans le monde répugnent à mettre des freins éthiques aux avancées technologiques.

Affirmer la suprématie de l’esprit sur la technologie, poursuivre inlassablement la « cause de l’homme » en faisant prévaloir la dignité inconditionnelle de la personne humaine sur les desseins purement technicistes : telle est la voie, tel est le destin de l’Europe. Puisse l’ère de la technologie rester toujours au service de l’homme. J.E.D.I. s’inscrit pleinement dans cette direction, et l’on ne peut que s’en réjouir.

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Benoît Demol, Président de Codimag rejoint les entrepreneurs

Benoit DemolChaque jour, CroissancePlus grandit. Si les femmes et les hommes qui font l’entrepreneuriat français aujourd’hui nous rejoignent, c’est pour partager nos valeurs, enrichir nos idées et développer notre réseau. Focus sur Codimag …

Pouvez-vous nous présenter Codimag en quelques mots ?

Codimag est une société familiale à taille humaine (33 personnes, pour un chiffre d’affaires de plus de 12 millions d’euros). Et comme dans toute famille, nous fêtons nos anniversaires cette année, celui de nos 40 ans ! La société fabrique des machines d’impression dans le domaine des étiquettes. C’est la technologie employée qui nous distingue et nous rend uniques dans notre secteur d’activité : l’Aniflo®, tout en maintenant la qualité d’impression offset, permet de réduire les temps de calage et de baisser les coûts de production. C’est une véritable révolution pour nos clients imprimeurs. Mais notre spécificité tient aussi à autre chose… Nos principaux concurrents sont asiatiques et aujourd’hui, grâce à un développement soutenu, nous vendons nos machines aux Chinois ! Un joli pied de nez, non ?

Pourquoi avez-vous adhéré à CroissancePlus ?

Je voulais rejoindre une association où je pourrais échanger sur les problématiques des dirigeants avec des valeurs qui me correspondent. Je ne voulais pas me retrouver dans un microcosme ennuyeux… Vous savez, chez Codimag, nous avons toujours eu un système d’intéressement pour nos salariés ; ils peuvent même entrer au capital de l’entreprise. Chez CroissancePlus, un des prérequis est d’avoir un dispositif de partage de la croissance. Alors, naturellement, j’adhère !

En deux mots, comment générer de la croissance aujourd’hui ?

À mon sens, la croissance tient à trois choses : l’innovation, qui nous permet de conquérir de nouveaux clients, un développement dans des zones géographiques où nous n’étions pas historiquement présents, et des valeurs de respect mutuel entre toutes les parties prenantes : employés, clients, fournisseurs.

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Vivre en bonne intelligence avec l’IA – Stuart Russell

Stuart Russell est l’un des plus grands spécialistes mondiaux de l’ IA. Il nous livre sa vision des révolutions de l’intelligence en cours et fait le point sur leurs formidables enjeux économiques, politiques et éthiques. Voyage en terre méconnue au pays de ces machines pleines de petites cellules grises artificielles et de talents en devenir …

De quoi parle-t-on quand on parle d’intelligence ?

Si l’on définit l’intelligence comme la capacité à atteindre des objectifs, ce qui correspond globalement à la définition de l’intelligence humaine, alors une machine peut être dite intelligente si elle poursuit de tels objectifs.
Or on ne peut pas appliquer aux machines la même définition qu’à l’intelligence humaine, pour la bonne raison qu’elles n’ont par elles-mêmes aucun objectif. C’est pourquoi nous insérons généralement nos propres objectifs dans la machine et espérons les atteindre.

Mais pourront-elles devenir un jour intelligentes au sens courant de cette notion ?

Elles deviendront de plus en plus complexes, et leurs interactions avec les hommes le seront en proportion. Peut-être même deviendront-elles réellement plus intelligentes que les humains, qui alors ne les comprendront pas davantage qu’un chien ne parvient à comprendre l’intelligence de son maître. Et c’est pourquoi il est d’autant plus indispensable de veiller à ce qu’elles poursuivent toujours à l’avenir un but essentiel, qui est le bien-être humain… alors même qu’elles n’ont jusqu’ici aucune idée de ce que signifie cette notion de bien-être humain !

Comment procéder ?

Il faudra être très clair sur les objectifs poursuivis par les machines et sur les modalités et incitations auxquelles elles réagiront, car il sera de plus en plus difficile à l’avenir de « débrancher » une machine qui poursuivra aveuglément les objectifs 10 qui lui auront été assignés, si nous réalisons – comme le roi Midas regrettant de voir son vœu se réaliser – que ces objectifs sont mauvais. Tout doit être mis en œuvre pour que les machines restent bénéfiques aux hommes. C’est la base de mes recherches. Je crois qu’il faut établir une autre définition de l’IA. Les outils et algorithmes que nous avons développés doivent être redéfinis.

C’est-à-dire ?

Bien que les machines soient capables de découvrir les préférences humaines à partir de  l’observation des conduites humaines, force est de constater que ces comportements, justement, sont très imparfaits. Nous sommes des êtres contradictoires, nous pensons et agissons selon des mécanismes psychiques très complexes et très difficiles à comprendre, et nous ne sommes pas toujours au clair sur ce que recouvre notre propre bien-être, tout comme sur les façons de l’atteindre. Nos préférences évoluent, se chevauchent ou se contredisent parfois : nous ne sommes pas faits d’une seule pièce ! Face à cela, comment une machine peut-elle satisfaire pleinement nos préférences ? Elle peut seulement prédire de grandes options préférentielles – consistant par exemple en ce que nous préférons rester vivants et physiquement intègres plutôt que de perdre un bras ou une jambe – et tenter de composer avec les différentes préférences existantes. Il faut des garanties que les machines demeurent bénéfiques aux humains et tout doit être mis en œuvre, depuis la théorie mathématique jusqu’aux applications les plus concrètes en passant par des comités d’éthique, pour qu’il en soit ainsi. C’est à cette seule condition qu’on pourra créer des machines plus intelligentes que nous.

Veiller à ce que la machine reste au service des hommes est un objectif noble, mais est-ce un objectif partagé par tous ?

Ce n’est pas une question de noblesse, mais de sécurité. La création d’une super IA pourrait assurer à ses détenteurs la domination économique de la planète. Sans compter l’avantage stratégique et militaire immense qu’elle leur conférerait. Il est donc essentiel que l’IA soit non seulement bénéfique à l’humanité, mais qu’elle profite aussi au plus grand nombre.

L’IA soulève donc aussi des questions d’ordre politique ?

Bien entendu ! Il y a des gens qui développent l’IA à des fins militaires, pour mettre au point des armes autonomes, des robots tueurs, etc. Tout le monde n’est pas animé par des motivations pacifiques. Conclure un partenariat mondial sur l’IA est donc un enjeu capital. La Chine ne s’est pas jointe jusqu’ici à cette démarche. La situation de la Russie est également à considérer.

La data est-elle le nouvel Eldorado ?

On parle beaucoup de la data, des promesses mirobolantes du big data. « Data is the new oil », dit-on. À quoi je réponds : « Snake oil! » (NDLR : remède de charlatan). Malgré tout ce que l’on raconte sur le sujet, je pense que l’importance stratégique des données ira en baissant. On en a déjà moins besoin qu’il y a quelques années pour développer de nouveaux algorithmes, par exemple en matière de reconnaissance faciale, d’établissement de cartes 3D, etc. C’est simpliste de penser qu’un pays très peuplé sera plus puissant que les autres uniquement parce qu’il pourra collecter davantage de données. Ce n’est pas la data qui a fait la force de Facebook ou de Google. La capacité à créer du lien ou à proposer de nouvelles fonctionnalités est beaucoup plus importante. De même que l’avantage du « first mover ».

L’IA constitue-t-elle une menace pour les libertés individuelles ?

Je pense que d’ici une dizaine d’années, un logiciel capable de lire et d’analyser toutes les pages du Web, tout ce qui a été écrit et mis en ligne, pourra être opérationnel. Bien sûr, un tel outil ne sera pas capable de comprendre dans toute leur subtilité des théories complexes et encore moins de les comparer entre elles, mais il sera en mesure de lire et d’intégrer très bien toutes sortes de documents historiques ou scientifiques. Ce sera une avancée considérable pour la connaissance, mais aussi une préoccupation en matière de surveillance. D’ores et déjà, il faut être conscient du fait que tout ce que nous communiquons via Internet est lu ou susceptible de l’être. À coups de logiciels espions et de techniques de surveillance imparables, nous pourrions aller vers une nouvelle Stasi. Je parle d’une « Stasi ultime » dans mon prochain livre, en référence à ce système de surveillance est-allemand réputé avoir été le plus efficace de l’Histoire – mais aussi le plus coûteux financièrement et humainement parlant. Quoi qu’il en soit, communiquer librement ses opinions peut devenir problématique, voire impossible, dans un système où chacun se sait surveillé ou susceptible de l’être.

Quel rôle pour l’Europe ?

Dans ce contexte de surveillance générale, la confidentialité et la sécurité vont devenir des préoccupations de plus en plus importantes, pour les individus comme pour les entreprises. Et dans ce domaine, l’Europe a une carte à jouer. Sa sensibilité sur cette question est aujourd’hui illustrée notamment par le RGPD. La problématique de la confidentialité de l’information et des données sensibles étant appelée à devenir centrale, l’Europe a de nombreux atouts pour prendre la tête de ce mouvement en faveur de la protection de la vie privée et de la sécurité économique. La France et la Grande-Bretagne ont historiquement de grandes références en matière de sécurité informatique. Les attentes des entreprises et des particuliers vont aller croissantes, et c’est un terrain sur lequel je crois que le Vieux Continent a vocation à offrir les meilleures réponses. Par ses savoir-faire, mais aussi par ses valeurs, ses traditions humanistes, son modèle de régulation.

Quelques mots sur l’initiative J.E.D.I. (Joint European Disruptive Initiaitive*), dont vous êtes membre ?

Je me félicite de cette démarche qui rassemble des acteurs d’horizons différents, stimule les idées nouvelles et audacieuses, et réhabilite la prise de risque dans les grands projets. Je trouve cette initiative bénéfique et bienvenue. L’IA étant un sujet prioritaire de J.E.D.I., je suis heureux d’en faire partie. Et ce d’autant plus que je crois à l’idéal européen ; inutile de vous dire que je n’étais pas favorable au Brexit.

Quelles sont à vos yeux les avancées les plus spectaculaires de l’IA et ses applications les plus préoccupantes ?

Le pire de l’IA ? Sans hésitation, les armes autonomes. Le meilleur ? Probablement la traduction automatique. Bien sûr, je suis fasciné par des inventions comme AlphaZero (NDLR : le logiciel de jeu de go et d’échecs produit par DeepMind). Mais les progrès les plus impressionnants sont pour moi ceux qui ont été réalisés dans les domaines de la reconnaissance visuelle et vocale et en matière de traduction. Sur tous ces points, nous sommes parvenus à un niveau très proche de ce qu’un humain peut réaliser ; mais je crois que nous allons encore beaucoup progresser, notamment dans le domaine de la traduction, donc en matière de compréhension interlinguistique et de  communication entre les hommes. Et puis il y a un autre chantier très prometteur, celui des assistants personnels intelligents.

Créativité et IA sont-elles incompatibles ?

Je ne suis pas de ceux qui sont persuadés qu’il sera à jamais impossible aux machines de devenir créatives. Y compris en matière artistique. Rien ne nous interdit de penser qu’elles pourront explorer différentes formes de musique, tester des mélodies, composer des musiques capables de nous émouvoir comme le font celles de musiciens humains. Même chose en peinture. Mais pourront-elles devenir conscientes – vraiment apprécier ce qu’elles auront créé ? Là, c’est une autre histoire, nous n’en sommes clairement pas là. Ces perspectives relèvent de la pure spéculation.

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Innovations de rupture : remettre l’Europe au centre du jeu – Nicolas d’Hueppe

Une question de courage et de volonté. Sans complexe, la France et l’Europe doivent se jeter dans la bataille technologique qui fait rage. Décryptage avec Nicolas d’Hueppe, vice-président de CroissancePlus et CEO d’Alchimie sur les innovations de rupture.

Faut-il craindre la révolution technologique en cours ?

Le numérique entraîne une transformation complète de l’entreprise, des marchés. C’est un défi formidable pour l’ensemble des acteurs. Et une énorme opportunité qu’on appréhende positivement chez CroissancePlus. Mais cela peut devenir une Bérézina pour les entreprises européennes si le sujet n’est pas pris à sa juste mesure …

Pourquoi ?

Les États-Unis et la Chine disposent d’une avance considérable. Regardez la première génération du numérique : les grandes plateformes ne sont pas européennes. Il faut maintenant se positionner sur la rupture technologique suivante, la data, et c’est un combat que CroissancePlus a pris à bras-le-corps.

Comment ?

Il est vital de faire sauter les verrous. Fiscaux, financiers, juridiques. Il est impératif que les pouvoirs publics prennent conscience que le PIB numérique est partout, que la croissance est de plus en plus digitale. Or les groupes du CAC 40 ne sont pas des sociétés du numérique. Cette situation ne peut pas perdurer. Toutes les entreprises spécialisées dans la data, le software, etc., le savent trop bien : nous nous battons à armes inégales sur notre territoire face à des acteurs qui ne paient ni charges sociales, ni impôts.

Que doit faire l’Europe ?

Cesser d’être naïve. Réagir sans tarder. Investir massivement. Se protéger. Il en va de notre souveraineté. Qui deviendra problématique si nous ne parvenons pas à bâtir des champions européens capables de rivaliser au plan mondial. Alors je me réjouis des démarches pragmatiques et volontaristes telles que l’initiative J.E.D.I., faite pour l’Europe et par l’Europe, avec un noyau dur Franco-Allemand et des entreprises désireuses de travailler ensemble.

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