Sortir de notre zone de confort – Laurent Vronski

Sortir de notre zone de confort – Laurent Vronski

LAURENT VRONSKI

Laurent Vronski est secrétaire général de CroissancePlus et directeur général d’ERVOR.

À ses yeux, pour gagner la bataille de l’innovation, il faut d’abord s’ouvrir au monde, se confronter à d’autres cultures, sortir de ses cadres.

En tant que patron d’ERVOR, société française spécialisée dans l’ingénierie de l’air comprimé, vous êtes convaincu que la mondialisation nous force à penser et à agir autrement ?

Bien sûr. Et en tant que secrétaire général de CroissancePlus aussi. J’ai rejoint l’association parce qu’il y avait peu d’industriels comme moi et que je voulais me frotter à d’autres profils, d’autres environnements économiques. Aller à la rencontre des autres, capter des idées différentes, se nourrir de cette diversité, c’est très inspirant et très utile.

Est-ce une façon de rester compétitif ?

Compétitif et positif. Nous autres Européens devons sortir de notre périmètre, voyager, ne pas craindre les zones de frottement pour tirer profit de la mondialisation. Et arrêter de nous flageller ; nous avons de formidables success stories.

L’excellence allemande dans le domaine industriel n’est pas un mythe !

La réputation de l’industrie allemande tient à la constance dans la qualité des produits. Mais nous ne devons pas avoir de complexes. Dans mon secteur, j’ai beaucoup de concurrents allemands et je vous assure que la qualité française n’est pas en reste.

En revanche, il y a un motif d’inquiétude : la Chine ! Le « made in China » ne cesse de gagner en qualité et en performance ; ce pays dispose de ressources considérables d’ingénieurs, d’innovateurs, et a maintenant de vrais savoir-faire.

Comment réagir ?

D’abord en allant les observer et capter leurs innovations. Ensuite, en continuant à nous ouvrir au monde en assumant nos traditions d’immigration.
Avez-vous remarqué combien les nations qui mélangent les gens, les races, les cultures, sont plus innovantes ? Enfin, en unissant nos forces, comme dans le cadre de J.E.D.I.

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Dirk Van Leeuwen rejoint les entrepreneurs

Dirk Van Leeuwen rejoint les entrepreneurs

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Pouvez-vous nous présenter votre entreprise en quelques mots ?

Woonoz est une société qui commercialise une technologie d’adaptive learning : il s’agit d’un mode d’apprentissage qui combine intelligence artificielle et sciences cognitives afin de personnaliser l’enseignement.

Le point fort de cette méthode est de permettre d’apprendre plus rapidement, mais surtout de mémoriser de manière durable ce qui a été appris. On parle d’apprentissage adaptatif dans la mesure où l’algorithme que nous avons développé permet de faire répéter intelligemment à l’apprenant le contenu d’une formation. Car que vaudraient une qualité de contenu et la compréhension sans la mémorisation ? C’est bien l’objectif final de cette méthode.

L’une des solutions les plus connues de la marque Woonoz est le Projet Voltaire. Avec plus de 4 millions d’utilisateurs de tous âges, 2 500 établissements d’enseignement et plus de 700 entreprises partenaires, le Projet Voltaire a été « meilleur service d’apprentissage en ligne toutes disciplines confondues » par l’European Foundation for E-Learning Projects.

Pourquoi avez-vous adhéré à CroissancePlus ?

Parce que CroissancePlus est véritablement proche du monde de l’entrepreneuriat et cherche à influencer positivement, et de façon pertinente, les décideurs.

Pour la réflexion comme pour le business, c’est d’une grande aide. Deuxième raison : le siège de Woonoz est à Lyon … et c’est important de rester connecté au monde parisien !

En deux mots, comment générer de la croissance aujourd’hui ?

La croissance est une conjonction de facteurs : la qualité de l’offre, la simplicité de la solution, un produit innovant, une vitesse d’exécution et de la confiance.

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La Suisse : N°1 de l’innovation – Michaël Thémans

La Suisse : N°1 de l’innovation – Michaël Thémans

Pour la septième fois consécutive, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) classe la Suisse comme le pays le plus innovant au monde. L’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) compte pour beaucoup dans ce classement. Rencontre avec Michaël Thémans, délégué du vice-président pour l’innovation.

La Suisse conserve la première marche du podium pour sa production d’innovation et est également saluée pour les conditions de soutien à l’entrepreneuriat. Ce qui vaut pour la Suisse en général vaut pour l’EPFL en particulier. Car l’une des particularités de cette école fédérale – outre le fait qu’elle ne soit pas cantonale comme les autres universités suisses est d’avoir inscrit dans son ADN l’innovation ainsi que le soutien à l’entrepreneuriat comme le soutien aux relations industrielles.

Une Silicon Valley pour l’arc lémanique

Depuis vingt-cinq ans, et l’école a été pionnière en Europe en la matière, l’EPFL est dans une logique de promotion de création de start-up et de promotion de relations industrielles. Rares sont les campus qui créent des espaces dédiés aux start-up un véritable parc scientifique est installé au sein de l’université et qui proposent des cours sur l’entrepreneuriat dès les premières années de formation des étudiants. En effet, la sensibilisation à l’esprit entrepreneurial comme chemin de carrière possible est une première étape. La seconde consiste à mettre en place un véritable écosystème de soutien, de mentorat et de coaching. Les étudiants en bachelor et en master peuvent prétendre à des bourses d’un montant de près de 10 000 euros pour porter leur propre projet entrepreneurial, car l’école dispose aussi de deux incubateurs. Ce programme, lancé fin 2017, porte déjà ses fruits puisqu’une dizaine de projets sont en développement et pourraient conduire à autant de créations de start-up.

L’entrepreneuriat sous tout es ses formes

La force de la nouvelle vice-présidence mise en place est de vouloir développer toutes les formes d’entrepreneuriat, et pas seulement celle liée historiquement aux laboratoires de recherche. Cela signifie deux choses : que les étudiants n’ont pas à attendre d’être en thèse pour développer leur projet entrepreneurial (ils peuvent être formés dès le début de leur cursus universitaire) et que la conception de l’« entrepreneuriat » dépasse le modèle de la seule start-up high-tech : les start-up sociales comme celles qui développent de l’innovation en termes de processus ou de modèle d’affaires ont toute leur place à l’EPFL.

Un écosystème très attirant pour les grands groupes

De par son modèle académique, l’EPFL attire les grands industriels et tisse dans le même temps de fortes relations partenariales. Car l’objectif de l’école polytechnique est de produire des interactions entre les quatre communautés présentes sur le campus : ces communautés représentent environ 11 000 étudiants, 120 start-up, 25 grands groupes et une multitude de chercheurs. Les relations industrielles s’établissent au-delà de la seule présence de l’Innovation Park : l’EPFL collabore avec de nombreuses grandes entreprises en Europe et dans le monde sur des projets de recherche et  développement. Cela conduit à des accords-cadres avec la plupart des entreprises du CAC 40 comme avec le géant américain Google. Pour exemple, Intel a un centre R&D sur le campus et PSA, une cellule d’innovation. En chiffres, c’est 250 contrats industriels par an, soit un contrat signé chaque jour ouvré.

Comment expliquez-vous autant d’innovation en Suisse ?

C’est l’écosystème dont nous bénéficions qui nous donne une force de frappe pour innover. On a aussi la chance que les pouvoirs politiques suisses aient pris conscience de la nécessité de promouvoir l’innovation. À cet effet, les différents cantons de Suisse romande et le canton de Berne ont créé une structure pour la promotion économique de la Suisse à l’étranger. La Suisse n’est pas qu’un pays de « sièges administratifs » ! Le potentiel de R&D et d’innovation est tout aussi attractif que la fiscalité.

Qu’est-ce qui vous rend particulièrement fier de travailler à l’EPFL ?

Le cosmopolitisme de l’école. L’EPFL est la deuxième école la plus internationale du monde avec près de 120 nationalités représentées. Je suis moi même de ces étrangers-là, car d’origine belge. Un chiffre qui peut vous intéresser : on attire les meilleurs étudiants un peu partout dans le monde, et plus de 15 % de nos étudiants de première année sont français !

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Ascher Sabbah et Sébastien Verdeaux rejoignent les entrepreneurs

Ascher Sabbah et Sébastien Verdeaux rejoignent les entrepreneurs

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Pouvez-vous nous présenter votre entreprise en quelques mots ?

Zadig & Voltaire est une maison de mode française, fondée en 1997 par Thierry Gillier, par ailleurs toujours actionnaire majoritaire de la maison. L’objectif initial était de mettre en place une nouvelle idée du luxe, ce qui nous a permis de construire un solide consensus parmi les clients partout dans le monde, donnant ainsi vie à une véritable communauté fidèle à la marque. Notre nom est inspiré du roman de Voltaire Zadig ou la Destinée. Pourquoi ? Le personnage principal, Zadig, a marqué l’esprit du créateur, par sa modernité, son charisme et son courage.

Zadig & Voltaire, c’est le « casualchic », un état d’esprit, une  inclinaison musicale, la mode comme déclaration. Le rock dans le sang et l’art pour inspiration. Dans les boutiques, les collections côtoient des œuvres ; l’art et l’« easy luxury ».

Pourquoi avez-vous adhéré à CroissancePlus ?

Ascher Sabbah : pour le partage de valeurs, à savoir l’esprit d’entrepreneuriat, l’internationalisation – forte chez Zadig & Voltaire – et la montée de collaborateurs clés à l’actionnariat. Pour moi, l’esprit d’entrepreneuriat, c’est faire preuve d’agilité pour mettre en place une vision. C’est ce qu’a très bien su faire Thierry Gillier : il a proposé une alternative entre le mass market et le luxe, avec un ADN de marque très fort.

Sébastien Verdeaux : c’est une responsabilité citoyenne d’investisseurs ! On est très actifs dans le financement et l’accompagnement d’entrepreneurs. Pour nous, CroissancePlus, ça résonne : nous souscrivons à son combat, celui de modifier les cultures du monde de l’entreprise.

En deux mots, comment générer de la croissance aujourd’hui ?

Ascher Sabbah : prioritairement, par l’internationalisation. Avec 350 points de vente dans le monde, nous sommes déjà très fiers de notre développement qui, demain, se poursuivra sur le marché chinois. Il s’agit aussi d’accentuer la part du digital et de proposer des concepts de magasins innovants comme celui rue Cambon à Paris : un « Flagship » – avec une surface de vente supérieure à la moyenne (800 m²), où se retrouvent l’univers entier de la marque et des œuvres d’art.

Sébastien Verdeaux : la croissance, on peut l’avoir à condition de prendre des risques, d’inventer, d’être créatif. Je pense surtout qu’il faut aimer innover… car dans ce cas, on s’amuse beaucoup !

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Vision et énergie, premières forces pour innover – Sébastien Lalevée

Vision et énergie, premières forces pour innover – Sébastien Lalevée

Sébastien-LalevéeSébastien Lalevée est directeur général de la Financière Arbevel.

Il nous livre le point de vue d’un gérant de fonds sur les ressorts de l’innovation dans la bataille mondiale pour les talents et les capitaux.

 

 

 

La France a-t-elle perdu la bataille de l’innovation ?

Elle a perdu celle de la 4G, et sur le front de la 5G, technologie essentielle pour la voiture autonome, c’est mal parti ; les Chinois ont pris le lead. D’une façon générale, il nous manque pas mal d’ingrédients pour nous imposer : une vision, une taille de marché, un véritable écosystème privé malgré la force de notre tissu entrepreneurial et une puissance de financement dans certains secteurs clés.

Par exemple ?

Prenez les biotechs. Seuls quatre ou cinq acteurs dans notre pays sont actuellement capables de financer des projets dans ce domaine à hauteur de 10 millions ou plus, contre des dizaines aux États-Unis. Il est impératif de développer le private equity dans les biotechs. Et d’encourager la création de fonds privés en coté et non coté.

Le public a-t-il un rôle particulier à jouer ?

Son intervention est indispensable, bien au-delà de ce que fait la BPI avec ses forces et ses limites. L’État doit être en première ligne aux côtés des acteurs privés dans les grandes batailles à mener : les réseaux, le cloud, l’IA … Or, il y a eu trop longtemps un manque criant de vision et de leadership politique sur ces sujets, et de coupables inhibitions face aux GAFA. Sur la question centrale de l’éducation aussi bien que sur celle de la régulation  économique et des infrastructures, on a également besoin des États.

Il faut changer de culture ?

Il faut rajeunir les cadres de pensée et les décideurs eux-mêmes. Donner la clé de l’innovation de demain à des gens compétents qui ont une vision, une énergie, une volonté. Je me réjouis des responsabilités confiées à Cédric Villani ou Bruno Bonnell. La période qui s’ouvre va être marquée par une guerre accrue pour les capitaux et les intelligences, et il faudra des stratèges avec une vision et une énergie pour la remporter.

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« La France est de retour » : va-t-elle prendre de l’avance ?

« La France est de retour » : va-t-elle prendre de l’avance ?

En février 2017, CroissancePlus interpellait les candidats à la présidentielle avec « L’urgence de la réforme ». Un an plus tard, les entrepreneurs de l’association publient un rapport intitulé « Le sens des réformes » : une réflexion sur la modernisation de la France et un état des lieux des six premiers mois de gouvernance d’Emmanuel Macron. Décryptage.

Des réformes ont été faites. Certaines réformes ont été faites de façon très favorable pour les entreprises, notamment par les ordonnances travail et les mesures fiscales du Projet de loi de finances (PLF). Des réformes sans précédent qui ne doivent pas pour autant s’arrêter là, car le besoin de transformation structurelle du pays est, lui aussi, sans précédent. Une transformation sera favorable au développement des entreprises comme aux équilibres sociaux.

Des réformes à accentuer davantage

Bien que les ordonnances travail apportent des changements positifs, deux axes de réforme n’ont malheureusement pas été abordés. Le premier est celui des seuils : en effet, la concentration des  changements à partir de 50 collaborateurs est un élément de rigidité et de contrainte majeure. Le second est relatif aux mandats syndicaux, pour lesquels CroissancePlus réclame la limitation à deux mandats et un temps de travail minimal dans l’entreprise à hauteur de 50 %. Concernant le PLF, la logique d’investissement doit être poussée plus loin : l’épargne des Français doit être orientée vers l’investissement des entreprises … et non vers le financement de la dette publique.

Des enjeux majeurs à traiter

Si les premières réformes ont permis de remettre la France à niveau, il conviendrait désormais de prendre de l’avance. À cette fin, CroissancePlus articule ses propositions autour de cinq thématiques :

  • la formation et l’apprentissage dirigés vers l’emploi
  • un bon équilibre dans le partage de la valeur
  • la croissance de l’entreprise en phase de transmission
  • une Europe numérique dans le but de préserver la souveraineté du pays
  • un renouvellement des outils du financement des entreprises

Les réformes sur le financement et l’apprentissage vues par :

Guillaume Richard – Dirigeant du groupe Oui Care et membre du comité directeur de CroissancePlus

Parmi les 20 propositions formulées par le gouvernement, un grand nombre d’entre elles sont issues des réflexions de CroissancePlus pour la modernisation de la France. Il s’agit notamment de certaines mesures de simplification comme l’assouplissement de la durée du travail ou des prépa-apprentissages pour permettre à des jeunes de disposer des prérequis nécessaires en termes de savoirs de base et de savoir-être. Par contre, certaines choses ne vont pas assez loin et nous interrogent. Que penser de cette mesure qui lie la rémunération à l’âge et non au diplôme suivi ? Ainsi, la rémunération minimale d’un jeune de 25 ans qui suit un CAP d’employé familial polyvalent est la même que celle d’un master 2 en école de commerce ! De même, on va devoir payer des personnes au niveau du Smic alors qu’elles ne seront dans l’entreprise qu’à deux tiers-temps. Parfois aussi cher qu’un diplômé à temps plein… Notre demande est forte : le salaire doit uniquement être fonction du diplôme suivi et du temps passé dans l’entreprise.

Une autre proposition nous semble fondamentale et elle n’a pas été reprise par le gouvernement : favoriser le e-learning. Non seulement c’est moins cher, plus efficace et plus ludique, mais le e-learning permettrait également de désenclaver des formations et des apprentissages. Il faut bien comprendre que notre combat n’est pas catégoriel et qu’il n’est pas mené dans l’intérêt des seules entreprises. C’est un enjeu de modernité et d’efficacité !

Côme Morgain – Associé Sevenstones et membre du comité directeur de CroissancePlus

Pour la commission financement, le constat est depuis les élections présidentielles globalement positif. Il s’agirait néanmoins d’aller encore un peu plus vite et plus loin dans cette volonté de modernisation. En matière d’accès au financement, la France reste un pays de réglementations, de seuils, de plafonds, de blocages. Pour créer un environnement favorable à la croissance, nous souhaitons des règles simples et efficaces qui privilégient le risque contre la rente.

L’objectif de la commission financement est de faire bouger tout ça, c’est-à-dire de faire travailler ensemble les acteurs du financement : les instances régulatrices, les banques traditionnelles, les plateformes de financement, les entreprises et les particuliers. Nous pensons que les plateformes sont un bon outil pour rediriger l’épargne. Il faudrait que la réglementation s’adapte maintenant plus vite que les technologies ! Le cadre doit certes exister, mais il doit être suffisamment souple et assez simple. Autre exemple pour le crédit interentreprises : le lien économique inscrit dans la loi doit disparaître.

En France, les gens veulent investir et savent investir, alors cassons les plafonds et libérons les initiatives ! Le but n’est en aucun cas de contourner la réglementation, mais bien d’inventer un cadre réglementaire qui permettrait à tous – chaque partie, avec ses contraintes propres – d’agir.

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