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De l’entreprise menacée à l’entreprise libérée – François de Saint-Pierre

François-de-Saint-PierrePlusieurs constats sont posés depuis des années qui nourrissent le pessimisme et l’anxiété de la société française.

Les parents craignent un monde plus dur pour leurs enfants : perception qui repose sur l’évolution de notre économie depuis plusieurs décennies.

Quels indicateurs retenir ?

Ils sont tellement nombreux : le nombre d’actifs par retraités qui sera passé de 2,2 en 2005 à 1,5 en 2040 ; la stagnation de l’emploi marchand ; un taux d’emplois précaires (CDD et intérim) passé de 5 % en 1982 à 14 % aujourd’hui ; un chômage et un sous-emploi inexpugnables ; des jeunes (15-29 ans) sans emploi et déscolarisés qui représentent 17 % de leur classe d’âge contre 9 % en Allemagne ; une dette publique colossale et toujours croissante qui nous contraint à payer tous les ans plus de 25 milliards d’intérêts à nos créanciers étrangers, l’équivalent du budget de l’enseignement supérieur… N’en jetons plus !

Et cela, alors même que ces dernières années ont marqué notre appareil productif de façon particulièrement négative. Difficulté d’entreprendre : règles, contraintes, financement ; difficulté de rentabiliser l’entreprise dans le contexte concurrentiel européen par le surpoids de nos charges sur le travail et le coût fiscal trop élevé du capital ; difficulté à se développer en raison de réglementations hypertrophiées, des chicanes et des suspicions d’une administration tatillonne en rivalité de pouvoir …

Contribution de la jeunesse à la prospérité collective

Et pourtant, « le pessimisme est d’humeur et l’optimisme de volonté », écrivait Alain. Avec l’ambition et la volonté, l’optimisme, qui caractérise toute jeune génération, est le moteur nerveux de l’entrepreneur. Comme l’écrivait Jean-Baptiste Say : « La création d’un produit quelconque est une pensée unique où une multitude de moyens concourent à une seule fin. Aussi vient-elle en général dans une seule tête, celle de l’entrepreneur ; et c’est lui qui rassemble les moyens nécessaires. Il fait concourir à son but jusqu’aux volontés des hommes, telles que celles des travailleurs qu’il emploie, des prêteurs qui lui confient des fonds …» Et toute production exige l’organisation d’une entreprise . Notre système productif est donc constitué des entreprises, et fait de chacune une cellule essentielle de notre organisation sociale.

Liberté d’entreprendre

Il n’est pas inintéressant de noter que, sauf l’entreprise unipersonnelle, toutes les entreprises en France s’appellent des sociétés : société anonyme, société à responsabilité limitée, société en nom collectif, société par action simplifiée, société coopérative…; et l’on peut citer Quesnay : « Il n’est pas vrai que les hommes, en se réunissant en société aient renoncé à une partie de leurs droits et de leur liberté pour s’assurer l’autre, mais au contraire, ils ne se sont confédérés que pour étendre l’usage de leurs droits et se le garantir mutuellement et pour y gagner de tout point, non pour y rien perdre. » Ce qui est vrai de la société prise dans son ensemble est vrai pour l’entreprise. La liberté d’entreprendre n’est rien d’autre qu’une des dimensions de la liberté. L’entreprise aujourd’hui constitue un élément structurant des sociétés modernes en plus de leur contribution à la création et à la diffusion de richesses.

Qu’est-ce qu’une entreprise ?

On y trouve le travail plutôt que l’oisiveté et l’interaction sociale dont un individu ne doit pas être privé : elle fait valoir les facultés et talents personnels, récompense ce qui est dû et procure à l’individu une indépendance qui le relève à ses propres yeux comme à ceux des autres. C’est donc un élément essentiel parmi les autres structures sociales que sont la famille, les organisations religieuses, les collectivités locales ou associatives dans lesquelles les individus peuvent s’engager. Tout simplement parce que ces derniers y passent beaucoup de temps et qu’ils y mettent beaucoup de leur intelligence et de leurs facultés. Du coup, à l’entreprise de donner aussi du sens à ses collaborateurs, car dans son objet comme dans ses pratiques, l’entreprise doit effectivement être orientée vers le bien-être collectif au-delà même du bien-être de ses propres collaborateurs. Et ce qu’elle offre à ses collaborateurs, à ses clients, à ses fournisseurs, à ses actionnaires ne doit pas nuire aux autres constituants de la société.

Vers l’entreprise libérée

Alors qu’un vent porteur s’annonce en faveur d’une évolution plus favorable de la réglementation et de la fiscalité, alors que les générations Y et Z semblent ambitionner davantage que l’emploi à vie dans la fonction publique ou dans la grande entreprise, l’entreprise libérée est une forme renouvelée de ce projet social qui est à l’œuvre depuis la révolution industrielle. Caractérisée par un respect des collaborateurs considérés comme des adultes pleinement libres et responsables des actions qu’ils jugent bon d’entreprendre, elle est un moyen de projection dans l’avenir. Pour cela, elle se nourrit de la confiance, si souvent entamée dans les autres rapports sociaux, formidable pont entre le présent et le futur et entre les individus. Elle donne donc en contrepartie la responsabilité, dans un cadre prédéfini qui permet de s’affranchir de procédures et de contrôles qui font perdre de la vélocité. Avec la liberté qu’elle exige pour chacun, l’entreprise libérée reste donc le plus sûr moyen de préserver et de développer la prospérité collective et de profiter des opportunités de la technologie et du développement des échanges (la mondialisation), comme toute entreprise l’a toujours été. Avec en prime un effet amplificateur sur le bien-être au travail. C’est bien la meilleure réponse de la jeunesse à l’angoisse des parents.

François de Saint-Pierre, associé-gérant, responsable de la gestion privée chez Lazard Frères Gestion et fondateur du cercle Jean-Baptiste Say

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