Sylvain-Couthier-Groupe-ATFAvec plus de vingt ans d’expérience, le Groupe ATF, spécialisé dans la gestion du cycle de vie des matériels informatiques et de téléphonie mobile professionnels, est devenu un acteur majeur de l’économie sociale, solidaire et circulaire. Comment ? Notamment en favorisant l’employabilité, la professionnalisation et l’inclusion sociale des travailleurs en situation de handicap. Rencontre avec Sylvain Couthier, président du Groupe ATF et président-fondateur d’ATF Gaia.

Le Groupe ATF est composé de cinq sociétés dont les métiers s’organisent essentiellement autour de quatre activités : le réemploi de matériel informatique et de téléphonie mobile professionnel (rachat-vente-recyclage), le Règlement général pour la protection des données (RGPD) ayant pour vocation le traitement sécurisé des données à caractère personnel, le e-commerce et les prestations de services en informatique.

Les réglementations : des leviers de développement

Des réglementations très strictes, et nombreuses, entourent les activités du groupe. Loin d’être des contraintes, ATF a su en faire un levier de business en se positionnant comme partenaire RSE des entreprises clientes. Avec la loi handicap (loi du 10 juillet 1987, complétée le 11 février 2005), et en devenant client des entreprises adaptées, les sociétés peuvent remplir l’obligation d’emploi à hauteur de 50 % et contribuer ainsi à l’emploi et à l’inclusion des personnes en situation de handicap. Dans le cadre du Grenelle 2 (rapport social et environnemental), le Groupe ATF propose à ses clients des actions concrètes et fournit les indicateurs environnementaux, sociaux et économiques correspondants. Concernant la directive D3E relative à la fin de vie des équipements électriques et électroniques, le Groupe ATF priorise le réemploi des équipements IT et de téléphonie et assure le recyclage des D3E. Enfin, le groupe contribue à la mise en conformité de ses clients par rapport au Règlement européen sur la protection des données (RGPD).

ATF Gaia : l’individu au cœur des priorités de l’entreprise

Parmi les activités du Groupe ATF, ATF Gaia a un statut que nous pourrions qualifier d’« à part ». Pourquoi ? Pour une double raison : son caractère d’entreprise adaptée, mais aussi pour le cœur que Sylvain Couthier met à en parler. Car, dit-il, « nous avons une mission sociale importante en termes d’encadrement et en termes de professionnalisation. Nous accompagnons les personnes atteintes d’un handicap dans leur parcours professionnel pour les faire monter en compétences. Le but est bien de sécuriser leur parcours ». Nous l’aurons compris aisément : ce ne sont pas que des mots. Et Sylvain Couthier d’ajouter : « Ce n’est pas un modèle d’insertion, mais un modèle d’inclusion. 100 % de ces personnes sont en CDI. On crée de l’emploi direct et de manière durable. Et à la question de savoir pourquoi je m’y retrouve pleinement en tant qu’entrepreneur social, la réponse semble aller de soi : car même si, ou quand bien même, la priorité est posée sur l’inclusion de personnes fragilisées ou en situation de handicap, je n’en reste pas moins entrepreneur en termes de croissance et de rentabilité. » La force de cette entreprise est là, et elle est manifeste. Qui aurait pu imaginer autant de richesses derrière le « recyclage » de matériel informatique ?

Groupe ATF, une « success story » ? Une bien faible expression …

Le créneau du « France is back » aurait pu être dit pour le seul Groupe ATF. Notamment parce que Sylvain Couthier a été le seul entrepreneur social à être invité au Forum économique mondial à Davos cette année. ATF Gaia est la première entreprise adaptée présente en Suisse et Sylvain Couthier, le seul entrepreneur de PME au World Economic Forum. Encore n’est-ce pas tout. Les chiffres ou les récompenses parlent d’eux mêmes : ATF est la première entreprise en France en termes d’effacement de données. Concrètement, la société traite tous les data centers des grandes banques et les disques durs des groupes du CAC 40.  ATF est aussi la seule entreprise française qui a un agrément Microsoft Authorized Refurbisher (MAR) pour obtenir des licences Windows. Autrement dit, elle est la seule à pouvoir réinstaller des systèmes d’exploitation Windows sur des matériels reconditionnés. En 2015, Sylvain Couthier a été élu Entrepreneur social de l’année par le Boston Consulting Group et la Fondation Schwab. En 2013, il a été élu Entrepreneur de l’année région Ile-de-France pour l’engagement sociétal par EY et le magazine L’Express. En 2007, c’est le magazine Le Nouvel Économiste qui l’a élu Entrepreneur de l’année Ile-de-France.

« Être au World Economic Forum, c’est côtoyer les politiques et les grands dirigeants mondiaux : c’est aussi enrichissant pour soi que pour le business. »

La preuve du succès par l’exemple

Quand Sylvain Couthier entre dans les détails de son métier de « revendeur informatique », il ne détache jamais le business de sa dimension sociale et humaine : « Nous avons une relation si particulière avec les grands donneurs d’ordre, qu’ils sont à la fois nos fournisseurs et nos clients. On rachète leur matériel et en même temps – de par la réglementation très stricte dans ce métier – on les met en conformité avec les lois. L’avantage pour nos clients qui nous paient ? On leur permet de gagner de l’argent dans la mesure où leur responsabilité sociétale est de notre fait ! C’est bien pour eux, c’est bien pour nous ! Mais vous savez, au-delà de ces choses-là, j’aimerais dire la chose suivante : être respectueux de l’environnement nous oblige à être innovants et à réfléchir constamment à l’amélioration de nos process afin de diminuer l’impact de notre activité sur la planète. Parallèlement, et côté conscience, quand on sait que l’économie sociale et solidaire représente 10 % du PIB en France et près de 12 % des emplois privés, je suis simplement fier de contribuer au développement de cette économie. »

3 questions à… Sylvain Couthier

Président du Groupe ATF et Président-Fondateur d’ATF GAIA

Si je vous dis, vous êtes à l’entreprise ce que Federer est au tennis… qu’est-ce que cela évoque pour vous ?

La promesse d’un match extraordinaire (rires) ! Plus sérieusement, vous savez donc que j’ai eu une carrière de sportif ! C’est un peu loin … mais de ma carrière de rugbyman de haut niveau (Racing Paris), l’esprit sportif demeure. Presque intact même ! Je ne sais pas à quel point le sport a influé sur mon parcours. Je peux dire que mon parcours rejoint le collectif du sport que j’ai pratiqué. J’ai transposé les valeurs du rugby au Groupe ATF – l’esprit d’équipe, l’abnégation, le respect d’autrui – en pratiquant avant tout un management de proximité. Je m’attache véritablement à connaître chaque collaborateur de l’entreprise.

Vous employez aujourd’hui 80 % de personnes fragilisées. Peut-être que 80 % des personnes qui vous sont extérieures se posent cette même question : qu’est ce qui a dirigé ce choix – votre choix ?

C’est drôle… je n’avais jamais vu la chose ainsi, mais effectivement cette interrogation est venue par ailleurs assez récemment. Je m’explique. Je n’avais jamais fait le lien entre ma vie et … comment pourrait-on dire … ma fonction. Mon associé – décédé aujourd’hui – était dialysé rénal. Mon papa était médecin, handicapé. Personnellement, je ne l’ai pas fait pour ça, pour eux, même s’il y a effectivement une histoire derrière cette réalité. Mon but a simplement été de donner du sens à mon action.

La chose dont vous êtes le plus fier ?

Elle rejoint ce dont nous étions en train de parler : pour les grandes entreprises, l’obligation est d’employer 6 % de personnes handicapées ; réellement, ces entreprises en accueillent 3,2 %. Nous ? En tant qu’entreprise à part entière, nous sommes à 80 %. Le pire est d’avoir à parler « chiffres » quand on parle de vies ! Albert Jacquard le disait si justement : on ne parle pas d’être handicapé, mais d’être autrement capable. Chacun a son rôle, chacun a, et peut, apporter sa pierre à l’édifice. Il est là, le collectif.

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