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1er réseau d'entrepreneurs de croissance

engagés pour libérer l'économie et favoriser la croissance des entreprises

Jeunes et l’entreprise, un couple à venir !

Jeunes et l’entreprise, ils entendent leurs parents parler de leur travail avec ses joies et ses peines, ses frustrations et ses espérances. Ils savent parfois, hélas, ce que signifient le chômage et son cortège de souffrances dans le cercle familial. Ils ont fait leur stage de 3e, puis effectué parfois des petits boulots ou sont entrés en apprentissage. Ils s’interrogent, avec stress ou gourmandise, sur leur avenir professionnel.

Ils redoutent de ne pas trouver d’emploi ou sont au contraire impatients de se lancer, de rejoindre une société ou de créer la leur. Ils savent aussi que certaines entreprises, parmi celles qui leur sont le plus familières – Facebook, Apple, Google, etc. – veulent changer le monde… et ont été créées par des étudiants parfois à peine plus âgés qu’eux !

Jeunes et déjà matures

Ils ont entre 16 et 20 ans et appartiennent à une classe d’âge charnière, celle des grands ados encore lycéens ou des jeunes adultes démarrant leurs études supérieures ou entamant leur vie professionnelle. Certains – apprentis, alternants, primo-salariés, etc. – sont déjà des acteurs à part entière de l’économie. Tous ont une idée de l’entreprise, plutôt très positive si l’on en croit le sondage Viavoice, et une idée précise et critique du rôle que doit jouer l’école – rôle d’autant plus crucial que 85 % d’entre eux travailleront en entreprise.

CroissancePlus a décidé d’aller à leur rencontre. En organisant, au ministère de l’Économie et des Finances à Bercy, une grande manifestation avec eux et pour eux, en partenariat avec 100 000 Entrepreneurs. Et en les invitant, via une enquête sans précédent, à donner leur vision de l’entreprise et de l’école. Force est de constater qu’ils ont donné de la voix et fait preuve de beaucoup de maturité et de clairvoyance …

Changer les représentations (et parfois les représentants ?)

L’école est un bouc émissaire facile. Les milieux patronaux ont parfois tendance à l’accuser de tous les maux. Non, elle n’est pas seule responsable du chômage de masse, de l’inadéquation entre formations et débouchés professionnels, ni même de la mauvaise image de l’entreprise – du moins la grande – dans l’opinion. Quand on entend dire à la maison, dans son cercle amical ou dans les médias que l’entreprise est un lieu d’aliénation et d’exploitation, difficile de lui trouver toutes les vertus et de se former une idée juste de son rôle dans la création de richesses et de sa vocation sociétale.

Néanmoins, les représentations de l’entreprise au sein de l’univers scolaire laissent parfois pantois. Comme l’observait le 12 octobre Xavier Fontanet dans le quotidien Les Échos, « Chaque fois qu’un chef d’entreprise étudie, crayon en main, le contenu du cours d’économie dispensé à nos enfants en première et en terminale, il est partagé entre colère et déprime ».

À peine 20 % des manuels en vigueur traitent de l’entreprise, l’essentiel étant consacré aux sciences sociales, aux imperfections du marché ou à l’intervention de l’État dans l’économie !

Rares sont les enseignants qui ont une connaissance pratique de l’entreprise. Et plus rares encore les entrepreneurs qui sont admis à enseigner l’économie au sein de l’institution scolaire, à y professer leur connaissance et leur amour du métier d’entrepreneur.

Rendre les enseignants plus familiers des réalités de l’entreprise, et les dirigeants et entrepreneurs plus pédagogues ; rappeler que la culture d’entreprise est une composante à part entière de la culture générale ; donner droit de cité à l’entreprise dans le cursus général et dans les programmes scolaires ; et, ce faisant, lutter contre cette dichotomie tellement française entre ces deux univers qui ont besoin l’un de l’autre mais demeurent trop souvent irréconciliables : ces impérieuses nécessités, il incombe d’abord aux pouvoirs publics, éclairés par toutes les parties prenantes de la communauté économique, institution scolaire comprise, de les satisfaire.

Éloge de la curiosité

Marjolaine Grondin, fondatrice de Jam, le chatbot « ami des étudiants » qui communique avec les jeunes via Messenger, connaît bien cette génération qui utilise les services de sa société. Les jeunes, elle les trouve curieux, « ils dévorent tout, ils aiment que tout soit à portée de main, ils sont très rapides. Ils utilisent Jam parce que c’est facile à utiliser ».

Celle qui a élu domicile à Station F, le plus grand incubateur de start-up au monde, a des convictions bien précises sur l’école. À ses yeux, elle n’a pas vocation à être uniquement l’antichambre de la vie professionnelle. « Certes, entre l’institution scolaire et l’entreprise, il y a peu de communication. Mais cela protège l’école, préserve une certaine forme d’innocence, une nécessaire curiosité intellectuelle qui ne doit pas être tournée exclusivement vers l’entreprise. L’école doit préparer à la vie en général et pas seulement à la vie professionnelle. Les meilleurs salariés ne sont pas seulement salariés, ce sont aussi des individus qui savent prendre du recul, innover, proposer autre chose. »

Pour elle, l’école doit avant tout « apprendre à apprendre et former en prenant l’individu en compte ». Et même si la logique de l’école n’est pas celle de l’économie, elle ajoute avec enthousiasme : « Le temps de l’école constitue un excellent moment pour commencer à se lancer, à monter des projets. » Avis aux amateurs…

The Apprentice

Une des réponses à ce fléau mortifère qu’est le chômage des jeunes (non qualifiés) porte un nom bien connu : l’apprentissage ! Aucun doute : plus sa part dans l’enseignement secondaire est importante, plus le chômage des jeunes est faible. Regardez les pays européens champions en la matière – Allemagne, Pays-Bas, Suisse. Comme le rappelait l’Institut Montaigne dans son rapport « L’apprentissage, un vaccin contre le chômage des jeunes » (mai 2015), le taux d’apprentissage y est quatre fois plus élevé qu’en France… et le chômage des jeunes quatre fois moindre !

Les filières techniques n’y sont pas déconsidérées. Les interactions entre les entreprises et les établissements, entre les employeurs et les formateurs, y sont constantes et multiples. Et les (très) jeunes se dirigent dans ces filières par choix, et non par défaut, à cause de l’échec scolaire.

Ce qui est ici en jeu est davantage qu’une réforme de structure : un changement de paradigme et de référents culturels impliquant l’Éducation nationale, les parents, les entreprises et leurs dirigeants. Puissent ces derniers s’abstenir de déclarer que leurs propres enfants sont « trop brillants à l’école » (sic) pour faire de l’apprentissage …

jeunes et l'entreprise

Éloge du risque

Rebondir, s’instruire de ses échecs pour repartir d’un nouveau pied ? C’est une force essentielle pour entreprendre. Et une école de vie. Que, malheureusement, l’école n’enseigne pas, de l’aveu des jeunes eux-mêmes.

Il est grand temps d’arrêter de stigmatiser l’échec. D’enseigner l’art du rebond scolaire. De faire confiance aux élèves atypiques, aux profils originaux. D’encourager la créativité des enseignants. D’en finir avec les catastrophes de l’orientation, les CIO (Centre d’Information et d’Orientation) impuissants et les ratés d’APB (Ad m issionPost Bac) .

Et, par là, de faire advenir « une école de la confiance » chère au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Une école fondée sur la confiance entre l’ensemble des acteurs de la communauté éducative et le monde de l’entreprise. Vaste programme, mais indispensable !

Le sens de l’Histoire ? La recherche du sens … et le quête de la liberté !

Lycéens encore mineurs ou jeunes majeurs, ils ont déjà des idées bien précises sur l’entreprise. En marge du sondage, nous en avons interrogé plusieurs. Tous nous disent leur désir de trouver un travail qui fasse sens. Et ils sont nombreux à proclamer leur amour de l’indépendance. Albane, 15 ans, en seconde, se déclare réticente à « avoir un patron, une hiérarchie, des décisions à faire valider, et à devoir rendre compte de tout ce qu’on fait ». En revanche, elle se dit séduite à l’idée de travailler sur des projets, et intéressée par « l’ouverture internationale ». L’argent n’est pas son moteur.

Même chose pour Hadrien, 17 ans, en terminale, qui ambitionne de travailler dans une maison de production et estime que le critère principal, c’est de trouver une activité intéressante. Lui voit dans l’entreprise « une mise en commun de plusieurs visions, où il faut prendre en compte la personnalité de l’individu même si c’est parfois difficile avec pas mal de règles communes ; c’est un univers qui peut être très dur si on ne se conforme pas à la communauté. En même temps, il y a un côté rassurant à être dans une entreprise, comparé par exemple à la situation des chauffeurs Uber ; il y a un cadre, des avantages… et on peut s’y faire des amis ».

Quant à Nadia, en 1re année de BTS métiers des services à l’environnement, elle insiste sur le bien-être, qu’elle définit comme « le respect du confort de base, des opinions des autres, le fait d’être bien traité, de respecter l’éthique et de ne pas penser seulement à la performance financière ».

La vérité sort-elle de la bouche des adolescents et des jeunes adultes ? À chacun d’en juger. Une chose est sûre : communauté éducative, entreprises, politiques, etc., tout le monde gagnera à se mettre davantage à l’écoute de cette génération impliquée et inspirée. Généreuse et sérieuse. Rationnelle et idéaliste.

Vox populi juvenis, vox Dei !

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