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Spring Campus 2018 J1 : « L’idée est la mère de toutes les batailles » 

Spring Campus – Jour 1.    « L’idée est la mère de toutes les batailles » 
par David Brunat

 

C’est sur cette affirmation de Jean-Baptiste, amoureux de la vie des concepts, que s’ouvre le Spring Campus 2018. Un alléchant printemps des idées fleurit sous nos yeux …

Dans les coulisses de l’Histoire
Nous démarrons tambour battant. Pour cette dixième édition, retour dix ans en arrière ! Flashback trépidant au cœur de l’Histoire. Celle de la première crise du XXIe siècle. Nicolas Sarkozy va nous gratifier une heure et demi durant d’une plongée théâtrale au cœur du réacteur de la crise de 2007-2008. Une immersion frémissante, endiablée et décrite en des termes parfois fort peu diplomatiques malgré l’intitulé de son exposé (« retour sur la première crise financière et diplomatique du XXIe siècle »). Un morceau de bravoure, une dramaturgie haute en couleur qui a tenu tout le monde en haleine.

Mélange d’Alain Decaux, de brillant premier de la Commedia dell’arte et de pédagogue de la matière économique et financière, NS se révèle tel qu’en lui-même : drôle, mordant, truculent, ici grave, là primesautier, péremptoire parfois, amusé et amusant souvent, cabotin, adepte de la dérision et même (un peu) de l’autodérision. Verve, énergie, confidences à gogo, vacheries. Un feu d’artifice géopolitique. Kissinger en mode culbuto.

L’idée de base ? Le séisme boursier, bancaire et économique qui a éclaté au début de sa présidence a véritablement marqué l’entrée dans le XXIe siècle. Pour l’illustrer, notre acteur de l’Histoire et acteur tout court évoque … Downtown Abbey. Pas de XXe siècle avant la Première Guerre Mondiale, ou même le début des années 20. La chronologie des faits n’épouse pas forcément celle des dates les plus symboliques. Pareil pour le XXIe siècle. 2007, bienvenue dans le nouveau siècle !

Pas de chance pour le nouveau locataire de l’Elysée ? Au contraire ! Ca barde mais on se régale. « Tout sautait, on ne maîtrisait plus rien », s’exclame-t-il d’un air gourmand. La vie des gouvernants n’est pas un long fleuve tranquille, alors autant barrer par très gros temps. Et faire son possible pour sortir le monde du formidable maelstrom dans lequel la planète financière l’avait plongé, bien aidé il est vrai par certain(e)s politiques et certaines institutions internationales. Et notre présidentiel orateur de régler son compte au FMI, aux banques qui ont supplié les Etats de les aider après avoir joué les gros durs du libéralisme, au multilatéralisme atrophié de l’époque, où le G20 n’existait pas encore (et où il n’existe plus vraiment).

La crise rend possible le changement. C’est un mal pour un bien. Nietzsche disait que ce qui ne tue pas rend plus fort. N’en va-t-il pas de même avec les crises économiques ? Nicolas Nietzsche philosophe lui aussi à coups de marteaux. Il aime cogner. Malheur aux tièdes, aux mesurés, aux prudents. Il faut que ça déménage ! Le bonheur est dans l’action, dans le mouvement, dans les épreuves. Dans la crise et sa résolution.

En quelques traits rapides, il nous offre sa vision d’un monde mieux régulé avec, entre autres, une instance internationale compétente en matière macroéconomique. Et un G20 requinqué, « alors qu’il ne prend plus de décisions aujourd’hui ». Même vœu pour l’ONU, ringardisée, qui ressemble trop à feu la SDN par son incapacité à régler les problèmes.  Il reste à inventer l’ONU du 21e siècle. Vaste programme, mais ô combien nécessaire.

Et l’Europe, il faut aussi la secouer. La reconfigurer. Place à un FME, et à l’affirmation des poids lourds, France et Allemagne en tête, un couple qui demeure l’horizon indépassable du projet européen même si ce mariage n’est pas sans nuages ni crises passagères ; mais c’est la vie, celle des nations aussi bien que celle des individus.
NS insiste sur le fait que cette crise fut d’abord une crise de confiance. Et donc une crise totale puisque « la confiance, c’est tout ». Alain Peyrefitte l’avait dit, lui le martèle. Sans confiance, le capitalisme ne peut pas marcher. Point.

Au passage, les intellectuels et les économistes en auront pris pour leur grade. Trump aussi, jamais décevant dans le pire. La Turquie d’Erdogan itou. Et les journalistes qui cartonnent Poutine. Car l’affrontement Russie / Europe n’a aucun sens, c’est un contresens historique. Notre destin est lié à celui du grand frère russe. De Gaulle l’avait déjà dit : vive l’Europe de l’Atlantique à l’Oural. La maison commune, aurait ajouté Gorbatchev. Le gaulliste Sarkozy le répète, instruit par l’expérience. Et il sait, comme l’auteur du Fil de l’Epée, l’importance de l’autorité, du commandement, de l’art de la décision. Bref, du leadership, comme on ne disait pas encore à l’époque du Général. Un éloge en règle du chef !

Gaulliste aussi par son refus du déclin de la France, par sa volonté que le pays reste une jeune nation, et aussi par son talent de comédien qui s’y entend pour séduire et captiver son public. « Je vous ai compris », aurait-il pu nous dire. Il les comprend d’autant mieux, les entrepreneurs, qu’il est devenu un peu l’un d’eux, par ses responsabilités dans l’hôtellerie qu’il décrit avec émotion et humilité.
Bref, un grand moment, où nous avons été admis dans les coulisses de l’Histoire par un tribun hors pair. « Un show qui valait le détour », nous confie François-Xavier Bellamy après son débat avec le rabbin Yann Boissière. Bien résumé.

Quelques réactions des participants :
« Égal à lui-même … Passionné et passionnant ». « Toujours autant d’énergie à partager ». « Quel humour ». « Il a une vraie compétence des sujets, de vraies convictions. Et il est très pédagogue. »  « Plein de bon sens, pragmatique, et hilarant ». « Putain, quel showman ! »  « Sur la forme, il est hors normes. »    N’en jetez plus !

Guérir le cancer de l’enfant
Hommes et femmes de cœur et de bonne volonté, les entrepreneurs de CroissancePlus sauront répondre à l’appel à mobilisation de Frédéric Lemos pour la lutte contre le cancer de l’enfant. Le rôle social de l’entreprise passe aussi par le soutien à de grandes causes sociétales et humanitaires.

Le philosophe et le religieux
Après la pensée toute en nerfs, en coups de poing et en saillies de l’ancien Président de la République, place à la parole croisée et posée de deux intellectuels de haut vol. Impossible de résumer leur dialogue plein de nuance et de connivence : ce serait faire insulte à la richesse et à la subtilité des propos échangés et à la profondeur des concepts proposés. Ainsi, par exemple, de l’inter-convictionnalité, notion promue par Yann Boissière.
L’entreprise est un lieu de culture et de transmission. Une instance qui mixe les lettres et les chiffres, assume un héritage en dessinant un avenir, nous relie aux autres, donne corps au désir du commun.

Aucun doute sur le fait que l’entreprise donne du sens à mesure de son utilité. Aucun doute non plus sur le fait qu’elle doit également être un lieu de parole : parole dite, parole échangée, partagée, discutée, éventuellement critiquée, mais en tout cas libérée. L’homme est un être de parole. L’entreprise aussi, à sa façon. On y parle, on s’y parle, on mesure le sens des mots et pas seulement le poids des chiffres. Ou du moins, on devrait.
Message très fort, donc : pour faire sens et pour faire lien, l’entreprise doit savoir organiser la parole. Et apprendre à respecter la parole de l’autre, donc à écouter. « Bien écouter, c’est déjà presque répondre », disait Marivaux. A méditer. On parle beaucoup par les temps qui courent de « l’entreprise libérée ». Cette libération, si libération il y a, passe par celle de la parole.
Etre un chef (politique ou d’entreprise), c’est d’abord prendre la parole, la risquer, s’exposer par ses mots. Mais non point s’imposer par ses seuls mots à soi. Vivre ensemble, faire ensemble, exige une espèce de partage langagier, de creuset sémantique commun. Gare au risque d’aphasie ou de parole muselée ou démonétisée en entreprise !

Nos deux intervenants ont souligné l’importance de la parole, du verbe – et du Verbe avec un grand V pour l’homme de foi ! – ; ils nous ont rappelé que nous sommes tous des êtres de paroles, mais aussi que la parole est une denrée première des entreprises. Et ils l’ont fait avec des mots choisis et une aisance oratoire qui a frappé nos esprits. Clarté des idées, choix des termes, précision argumentative : un bel exercice de style, cristallin et aérien, au service d’une puissante démonstration humaniste.

Sans oublier la question de l’écrit, de la parole écrite. Et de cette singulière mode excluante qu’est l’écriture inclusive, renvoyée dans ses buts par un François-Xavier Bellamy très remonté contre cette barbarie à la fois post-moderne et arriérée.
Mais nul ne sait ce qu’a pensé de tout cela le chat du rabbin …
Qui sortira peut-être de son silence pour câliner les vainqueurs des scale-up awards, bravo à Ogury et Younited Credit, et aux autres valeureux finalistes. Ainsi qu’à ATF Groupe, exemplaire dans sa mission sociétale au travers de sa démarche en faveur du handicap.  Et si l’avenir appartenait aux entreprises qui ont du cœur ?