Tribune de Jean-Baptiste DANET pour Ouest-France : L’ apprentissage : la mère des reformes

En France, la crise de l’apprentissage – la formation initiale en alternance – est ancienne et profonde, mobilisant à chaque changement de majorité les meilleures intentions des gouvernants. Hélas, sans lendemain… Les termes du problème sont pourtant connus : un nombre d’apprentis (7% des 16-25 ans) ridiculement bas en France par rapport aux pays voisins, alors que le chômage des jeunes reste à un niveau élevé et que, de leur côté, les entreprises peinent à trouver les compétences dont elles ont besoin sur le marché du travail.

Alors que 1,3 million de jeunes ne sont ni à l’école, ni à l’université, ni en apprentissage, ni en situation d’emploi, de nombreuses entreprises, pourtant en manque d’apprentis, sont découragées par les lourdeurs administratives, les contraintes réglementaires et les coûts des dispositifs actuels. En effet les entraves sont bien connues : manque de flexibilité des horaires lié au rythme de l’alternance, rarement calé sur celui de l’entreprise, coût trop élevé entre la taxe d’apprentissage, la rémunération de l’apprenti et les charges administratives, lourdeur des contraintes d’encadrement.

Pour les jeunes peu ou pas qualifiés à la sortie du système scolaire classique, l’apprentissage offrirait un atout majeur : une employabilité certaine, clé d’une solide carrière en entreprise et, partant, de la promesse d’une insertion sociale et d’un développement personnel réussis.

Les entrepreneurs de CroissancePlus proposent une révolution copernicienne de l’apprentissage, fondée sur le pragmatisme, pour enfin briser les verrous et les tabous.

En soutien ou en complément des mesures annoncées par le gouvernement, qui nous paraissent aller dans le bon sens mais doivent être encore musclées, nous proposons les pistes suivantes qui nous paraissent cruciales :

Dépasser les clivages stériles entre école et entreprises. Les écoles et les entreprises doivent devenir de vrais partenaires pour identifier les besoins sur les territoires, accompagner les jeunes dans leur démarche et adapter le contenu comme le rythme des formations. Dans ce cadre rénové, l’e-learning doit être généralisé pour renforcer la mobilité des jeunes et diminuer leurs frais.

Encourager et simplifier les formations « trans-branches ». De nombreux métiers sortent aujourd’hui du périmètre des branches professionnelles historiques. Ce cloisonnement par branche perd de son sens dans le monde économique d’aujourd’hui. Aussi, tout en conservant une partie de leur rôle, les Régions doivent le voir assorti d’une obligation de résultat, par une réelle prise en compte des besoins des entreprises de leur territoire, au-delà même de la logique de branche.

Garantir un financement performant. Chaque année, ce sont 8,2 milliards qui sont mobilisés pour l’apprentissage, sans y être pour autant efficacement consacrés. L’ensemble de ces sommes doit désormais servir à le financer

Ouvrir des perspectives aux apprentis ayant un niveau inférieur ou égal au bac, en créditant leur compte personnel à la formation de 2 années supplémentaires, mobilisables pendant 10 ans. Le jeune qui commence à travailler immédiatement après son contrat d’alternance se verra ainsi gratifié d’une prime à la formation continue, garante de son évolution professionnelle future.

L’apprentissage ne doit plus être envisagé comme une voie de garage, un mauvais plan B faute d’un parcours réussi dans la voie généraliste, mais au contraire comme la voie royale, qualifiante et attractive, vers le monde de l’entreprise.